Comment concilier développement du port et protection d’une zone classée Isra ? Le projet de "déroctage" du corail qui borde la passe de Papeete pour accueillir des porte-containers de plus grande capacité a suscité l'inquiétude d'un collectif d'associations de protection de l'environnement... Le Port autonome lance un appel d’offres pour définir des mesures compensatoires pour l’environnement ; Le président de la FAPE adopte une posture de dialogue mais vigilante et appelle à une collaboration étroite avec cet établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) pour protéger la biodiversité marine et les ressources des pêcheurs locaux ; Pour info: le grand port maritime de Martinique va s'agrandir pour pouvoir recevoir des navires de plus grande capacité. Dans le cadre d'obligations compensatoires écologiques, des coraux, menacés par les travaux, vont être prélevés pour être bouturés dans un laboratoire prévu à cet effet à partir de juillet 2026 ; La situation planétaire des coraux est plus que jamais alarmante...

 

# Face aux inquiétudes des associations sur le creusement de la passe*, le Port autonome lance un appel d’offres pour définir des mesures compensatoires pour l’environnement. Objectif : concilier développement du port et protection d’une zone classée Isra (Important Shark and Ray Area), un statut international pour les espaces marins essentiels à la survie des requins et des raies.
Entre la baie des Pêcheurs et la pointe Vénus, un corridor marin d’une importance écologique majeure pour les requins ? C’est en tout cas ce que dit la reconnaissance internationale Isra (Important Shark and Ray Area) pour les habitats essentiels à la survie des requins et des raies… au cœur duquel se situe la passe de Papeete. « Ça veut dire qu’il y a de la biodiversité emblématique, qui est vraiment extrêmement rare, qui est en voie d’extinction à l’échelle mondiale » résume la présidente de l’association Ocean Shiver (anciennement AREMP – Association pour la Recherche sur les Écosystèmes Mésophotiques et Profonds), Clémentine Séguigne.
Zone de reproduction du requin-tigre, de repos pour le requin nourrisse-fauve, terrain de jeux pour les requins gris ou les pointes-noires : la passe de Papeete cristallise les inquiétudes des associations de protection de l’environnement depuis l’ouverture, en février, de la consultation publique sur l’augmentation du tirant d’eau.
Dans un courrier à la Diren révélé par Tahiti infos, un consortium de sept organisations de protection de l’environnement (Fape, UICN, Tama no te Tairoto, Ocean Shiver, Observatoire des requins et raies de Polynésie, Fatu Fenua no Makatea, Oceania), a relevé plusieurs « lacunes » dans l’étude d’impact sur l’environnement du futur chantier. Dont « l’absence d’un état initial complet des zones concernées par les travaux » et « des zones adjacentes susceptibles d’être également impactées ».
Le collectif reconnaît le recensement des impacts, mais les trouve « insuffisamment analysés et encadrés ». Il regrette aussi des données « manquantes », le manque de relevé « précis » et « récent », ou un « calendrier qui inclut la période de reproduction des requins nourrices ». Mais le consortium alerte notamment sur la vulnérabilité du corail, dont le Porites Rues et notamment des milieux mésophotiques (plus de 30 mètres) qui abritent du corail noir, des coraux mous ou des gorgones selon des publications scientifiques.
(…) Si le consortium ne s’oppose pas aux travaux, il souligne surtout l’importance de prévoir des mesures de compensation.
Message entendu par le directeur du Port autonome, Jean-Paul Le Caill, pour qui la reconnaissance de l’enjeu économique est déjà un bon début. « C’est quand même satisfaisant que personne ne s’oppose à ce projet important sur le plan économique ». Il se dit toutefois attentif aux inquiétudes des associations, dont les recommandations ont fait l’objet d’une première analyse du Port autonome, qui assure vouloir s’inscrire dans une « démarche de développement durable ».  Le Port autonome a donc décidé de lancer un appel d’offres pour des mesures compensatoires et d’y consacrer 3% du montant des travaux. (…)

Creusement de la passe : un appel d’offres de 60 millions pour compenser l’impact environnemental (TNTV)

# Face au projet de creusement de la passe de Papeete, la Fédération des associations de protection de l’environnement (Fape) adopte une posture de dialogue mais reste vigilante. Entre calendrier de reproduction des espèces et mesures de compensation environnementale, son président Winiki Sage appelle à une collaboration étroite avec le Port autonome pour protéger la biodiversité marine et les ressources des pêcheurs locaux. Interview.

NTV : - Votre fédération ne dit pas forcément non au projet de creusement de la passe de Papeete, mais vous dites que l’étude d’impact n’est pas assez sérieuse, pas assez approfondie en l’état, malgré l’ampleur des travaux.
- Il y a aussi le calendrier des travaux qui est important.
- On a entendu le directeur du port autonome, qui entend vos inquiétudes et dit que les méthodes d’extraction envisagées limitent les nuisances sur le milieu marin. Est-ce que vous ętes convaincu par ces méthodes d’extraction
- Le directeur du port autonome propose un lancement d’appels d’offres pour des mesures compensatoires en collaboration avec votre fédération. Étiez-vous au courant de cette démarche ?
- Cela peut faire l’objet de mesures compensatoires ?
- Ce projet de travaux est nécessaire pour l’acheminement des importations en Polynésie. Il relance deux grandes questions, celle de l’autonomie alimentaire du Pays, et celle du développement économique. Au fil des années, finalement, les efforts de la communauté, de la collectivité sont-ils suffisants selon vous ?

Passe de Papeete : « Quand on coupe un arbre, il faut en planter quatre », prévient la Fape (TNTV)

* Pour rappel : Répondant à une consultation publique concernant le "déroctage" du corail qui borde la passe de Papeete pour accueillir des porte-containers de plus grande capacité, un collectif d'associations de protection de l'environnement souligne plusieurs points préoccupants et liste une dizaine de préconisations.
In Des travaux d'intérêt public sous surveillance (AvA-Infos)14/04/26

Après l’émoi du monde associatif, le débat sur l’approfondissement de la passe de Papeete s’invite à Tarahoi. Teremuura Kohumoetini Rurua va questionner jeudi le gouvernement sur sa capacité à « garantir que les mesures compensatoires seront dimensionnées à la hauteur réelle des impacts du chantier ». Plusieurs associations de protection de l’environnement s’étaient inquiété de lacunes dans l’étude d’impact commandée le port autonome en amont de ce chantier jugé indispensable au bon approvisionnement de la Polynésie par les cargos internationaux, de plus en plus imposants. L’établissement public a de son côté lancé un appel à projets à 60 millions de francs pour compenser les dégâts environnementaux. Mais « peut-on compenser correctement ce que l’on n’a pas pleinement évalué ? », interroge l’élue Tavini.
Le projet de creusement de la passe de Papeete est discuté depuis de longues années, mais les débats s’intensifient à mesure qu’approche le chantier. L’objectif, pour le port autonome, est simple : gagner 1m50 de profondeur dans la passe, qui passera des 12m50 actuels à 14 mètres, pour permettre l’accueil de navires au tirant d’eau plus important en toute sécurité. Un « déroctage » nécessaire vu l’évolution de la flotte mondiale de porte-conteneurs, tirée par les objectifs de réduction des émissions de carbone et le développement du trafic. Les cargos deviennent plus gros et sans ajustement, le risque, déjà plusieurs fois évoqué par le port autonome ou les armateurs, est de voir ces navires éviter la Polynésie, obligeant à organiser des transbordements en Australie ou en Nouvelle-Zélande, puis un convoyage spécifique au fenua avec de plus petits navires, ce qui impacterait les prix à la consommation et fragiliserait les chaînes logistiques.
(…) Le sujet d’un calendrier écologique, qui puisse minimiser l’impact environnemental (turbidité, nuisances sonores et vibratoires), en prenant en compte que la zone est un « corridor marin » et une « zone d’intérêt écologique majeur » pour de nombreuses espèces, dont certaines à risque, et une zone de reproduction pour plusieurs d’entre elles, est aussi au centre de ces préconisations, comme le détaille Clémentine Séguigne, présidente de l’association Ocean Shiver (…) Le budget alloué à ces mesures compensatoires pour l’environnement s’élève à 60 millions de Francs. « C’est le principe des associations, on est là pour préserver l’environnement et pour faire des actions concrètes, sans nécessairement générer du profit. C’est exactement ce que l’on peut faire avec ce type de budget » ajoute la présidente de l’association pour la Recherche sur les Écosystèmes Mésophotiques et Profonds. Mais ce budget est-il réellement suffisant ? C’est la question qui sera posée ce jeudi au gouvernement par l’élue du groupe Tavini Teremuura Kohumoetini Rurua, engagée sur les questions environnementales (…) article actualisé le 22/04/26

Encore une question de fond sur le creusement de la passe de Papeete (Radio 1)

# Pour infos: le grand port maritime de Martinique va s'agrandir pour pouvoir recevoir des navires de plus grande capacité. Dans le cadre d'obligations compensatoires écologiques, des coraux, menacés par les travaux, vont être prélevés pour être bouturés dans un laboratoire prévu à cet effet à partir de juillet 2026

Un laboratoire pour faire du microbouturage de corail en marge des travaux d'agrandissement du grand port maritime (France Info)

 

# La situation planétaire des coraux est plus que jamais alarmante. Une nouvelle étude réalisée par le Smithsonian Tropical Research Institute fait un constat dramatique : 51 % des coraux du monde, soit plus de la moitié, ont blanchi, en l’espace de trois ans seulement, et c'est loin d'être terminé. 
(…). Jusqu'à maintenant, la plupart des études sur le blanchissement des coraux se concentraient sur des zones particulières, mais cette fois-ci, un collectif de près de 200 scientifiques internationaux, travaillant pour 143 organismes différents, en provenance de 41 pays, a réussi à mener, selon leurs propres termes, « l'analyse à la plus grande extension géographique jamais réalisée sur le blanchissement des coraux ». 
Ces blanchissements ne se produisent pas sur des zones localisées, ils peuvent être massifs et toucher une partie importante des océans et mers. C'est ce qui s'est passé lors de la canicule marine de 2014 à 2017. Selon les conclusions des scientifiques publiées dans Nature Communications, sur 15 000 récifs coralliens répertoriés dans le monde, 51 % ont connu un épisode de blanchissement modéré ou important, et 15 % ont subi une mortalité importante depuis le début des analyses mondiales. (…)

Plus de la moitié des coraux des océans ont blanchi en 3 ans : la réaction en chaîne laisse présager le pire ! (Futura-sciences.com) 13/02/26