Le gouvernement justifie l’extension des protections côtières autour de certaines îles des Australes et des Marquises, et la création de deux nouvelles réserves aux frontières Nord et Sud de la ZEE. Mais les professionnels de la pêche hauturière ne l'entendent pas.... Les armateurs estiment que ces nouvelles zones protégées réduisent davantage leur espace de travail et impacteraient l'approvisionnement du marché local. Au delà de leurs inquiétudes sur l’impact des nouvelles aires marines protégées, les pêcheurs voient aussi dans les décisions du gouvernement et les demandes des élus locaux, aux Marquises ou aux Australes, « l’influence » d’organisations internationales conservationnistes. Pour les organisations de pêches hauturières comme côtières, il ne faut pas se tromper de combat : « Les vrais prédateurs sont à l’extérieur »...
Après l'annonce du gouvernement Brotherson d'étendre les aires marines protégées de Polynésie française à 1,6 million de km², contre 1,1 million actuellement, les professionnels de la pêche s'inquiètent des conséquences sur leur activité. Les armateurs estiment que ces nouvelles zones protégées réduisent davantage leur espace de travail et impacteraient l'approvisionnement du marché local. Près de 80 % du poisson pêché par la flottille polynésienne est destiné à la consommation locale. Une ressource capturée exclusivement dans la zone économique exclusive (ZEE) de la Polynésie française.
Avec la création de deux nouvelles aires marines protégées (AMP), l'une au nord-est des Marquises et l'autre au sud des Australes, les AMP représentent désormais près de 30 % de la ZEE.Cette extension s'inscrit dans un projet porté par le ministre de l'Agriculture, des Ressources marines et de l'Environnement visant à renforcer la protection des espaces marins polynésiens. Approuvé ce matin en Conseil des ministres, le texte doit désormais être soumis pour avis à l'Assemblée de la Polynésie française avant son adoption définitive.
Une décision qui suscite toutefois des inquiétudes au sein de la profession. Pour plusieurs armateurs, ces nouvelles zones protégées réduisent davantage les secteurs historiquement fréquentés par les thoniers.
(…) Les marins-pêcheurs rappellent que la protection de l'océan fait également partie de leurs priorités. Selon eux, la pêche à la palangre permet de préserver la ressource tout en garantissant l'approvisionnement du marché local et les exportations. Pour ces professionnels, l'effort de protection devrait davantage se concentrer sur les limites extérieures de la ZEE.
(…) Les pêcheurs côtiers, généralement en poti marara et n’ayant pas l’autorisation de pêcher à plus de 15 milles nautiques des côtes, craignent une concentration de pêcheurs dans les zones qu’ils fréquentent. Pour eux, l’impact pourrait également être financier. (…)
Extension des aires marines protégées : les pêcheurs craignent une réduction de leurs zones de pêche (Polynésie 1ère)
Les professionnels de la pêche hauturière ont organisé une conférence de presse lundi matin (07/06) au port pour dénoncer les restrictions imposées à leur secteur d’activité avec l’élargissement de la zone de protection stricte de l’AMP polynésienne. Ils dénoncent surtout un “conflit d’intérêts” au sein męme du ministčre des Ressources marines avec l’embauche d’un représentant de l’organisation non-gouvernementale Pew Bertarelli Ocean Legacy.
Armateurs, syndicat des marins pêcheurs hauturiers ou encore les pêcheurs côtiers étaient tous réunis ce lundi matin au port de pêche à Fare-ute tandis qu’à Mahina le président du Pays entérinait la création d’une zone maritime de 500 000 kilomètres carrés soumise à la protection la plus stricte et exclusivement réservée à la pêche côtière et artisanale. Des zones aménagées au-dessus des plateaux océaniques aux Marquises et aux Australes. Des zones très poissonneuses aujourd’hui interdites à la pêche palangrière.
(…). Les professionnels considèrent ces nouvelles AMP comme des “pressions supplémentaires” car ils font face déjà à la saisonnalité de la pêche mais également à “la mise en place de quotas internationaux, au suivi de la pêche, les formations, le suivi des formations, l'attractivité du métier”, indique Yann Ching qui considère que ces “mini-sujets (…) devraient être la priorité du gouvernement”. L’armateur assure que les professionnels du secteur gèrent leur activité et la ressource en “bons pères de famille” puisqu’ils continuent à “exporter et c’est un secteur qui participe à la sécurité alimentaire du pays, puisque tous les poissons consommés par les Polynésiens sont pêchés localement, en tout cas les thons. Et aujourd'hui, on est en train de nous restreindre et de nous poser beaucoup de difficultés”.
Autre problème la suspension du label Marine Stewardship Council (MSC) qui permet “de véhiculer les bonnes pratiques d'une filière jusqu'au consommateur”, explique Vatea Moarii armateur.
(…) Clairement, Vatea Moarii considère que certaines ONG font preuve d’une “certaine forme d'ingérence : ces ONG peuvent phagocyter des tissus administratifs, associatifs (…) et ont une influence qui va orienter certaines décisions qui vont à l'encontre des intérêts de la filière et des Polynésiens d'une manière générale”.
“Ça va finir par péter” menacent les professionnels de la pêche (Tahiti Infos)
Alors que le gouvernement a transmis pour avis à Tarahoi un texte créant 500 000 km˛ d’aires marines protégées supplémentaires, les armateurs, capitaines et marins hauturiers ont fait part de leur incompréhension et leur inquiétude ce lundi (07/06). Car cette nouvelle réduction des zones de pêche, alors que l’impact des AMP créées l’année dernière est encore inconnu, arrive au pire moment, entre les difficultés d’export et les menaces d’El Nińo. Pour les professionnels, le Pays se trompe de combat, a mis de côté ses ambitions pour la filière, et menace par ces décisions des emplois autant que la paix sociale… « Ça va finir par péter » préviennent-ils.
Au port de pêche, ce lundi matin, on veut être clairs : « Personne ici n’est contre la protection de l’environnement ». « On est pour la protection de l’océan, des espèces, des ressources… Ça n’est pas un débat » martèle Yann Ching, directeur général de Vini Vini, le président de l’association des armateurs hauturiers. « Ce sont les pêcheurs les premiers gardiens de l’océan », renchérit Guy Porsenni, capitaine de thonier et secrétaire général du syndicat des marins-pêcheurs palangrier. Si les deux responsables sont réunis sur les quais de Fare Ute, aux côtés d’une trentaine de gérants d’armements, capitaines et marins hauturiers et même un représentant des pêcheurs côtier là par « solidarité », c’est parce qu’au même moment se tient à la présidence un Conseil des ministre extraordinaire. Un an presque jour pour jour après les annonces de l’Unoc de Nice, et la transformation de l’Aire marine gérée Tainui Atea, qui couvre l’ensemble de la ZEE, en Aire marine protégée, le gouvernement y a acté l’extension de certaines protections côtières aux Marquises et aux Australes et a officiellement proposé la création de deux nouvelles AMP à fort degré de protection. Deux zones plus restreintes que ce que demandaient les élus des Marquises et des Australes, mais qui couvrent tout de même 500 000 km² de haute mer, au nord des Henua Enata et au Sud des Tuhaa pae, sur les bordures extérieures de la ZEE. De quoi porter à 1,6 millions de km² le total des espaces où la pêche palangrière est désormais interdite au sein de Tainui Atea, gigantesque zone de 4,6 millions de km². « On est exclu de plus de 35% de nos eaux », résume Vatea Moarii, dirigeant du groupe Ocean Products.
(…) Pour Vatea Moarii, il est de toute façon trop tôt pour mesurer « l’impact positif ou négatif des AMP toutes récentes ». « On va beaucoup trop vite, il n’y a pas d’analyse scientifique », ajoute le chef d’entreprise. « Et vu les difficultés que traverse la filière actuellement, on ne comprend vraiment pas l’ordre des priorités du gouvernement ».
(…) Les pêcheurs interpellent aussi sur infrastructures vieillissantes du port, les formations locales encore lacunaires, et surtout les projets de quotas sur le thon blanc qui sont discutés au niveau régional. Des quotas qui pourraient obliger la Polynésie, malgré les vertus de sa pêche (entièrement locale, majoritairement tournée vers l’autosuffisance alimentaire, beaucoup plus respectueuse des écosystèmes que la pêche à la senne…) à limiter ses prises dans la même proportion que ses voisins qui vendent des licences à des flottes étrangères. Pour les armateurs et les marins, c’est au Pays de « coordonner » la réponse pour obtenir des dérogations de la commission thonière régionale.
Aires marines protégées : « On est en train de se couper une jambe » (Radio 1)
Au delà de leurs inquiétudes sur l’impact des nouvelles aires marines protégées, les pęcheurs voient dans les décisions du gouvernement et les demandes des élus locaux, aux Marquises ou aux Australes, « l’influence » d’organisations internationales conservationnistes. Dans le viseur, le Te Moana Collective, qui réunit Pew Bertarelli, Blue Nature ou le Bezos Earth Fund, et qui a formé un partenariat à 15 millions de dollars avec le Pays. Des fonds qui doivent permettre de développer la surveillance de la ZEE ou l’activité dans les îles assure l’exécutif, mais qui reviennent, pour les armateurs, à « vendre la souveraineté » de la Polynésie. Pour ces professionnels, aucun doute les intérêts de ces ONG, accusées de « phagocyter » les administrations ou les associations locales, ne sont pas ceux du Pays.
Peu d’accusations directes, aucun nom d’organisation… Mais beaucoup d’interrogations et de sous-entendus, ce lundi matin, lors de la prise de parole des armateurs, capitaines et marins hauturiers, à propos du rôles des ONG dans la politique du gouvernement en matière d’aires marines protégées. Le gouvernement, pour expliquer l’extension des protections côtières autour de certaines îles des Australes et des Marquises, et la création de deux nouvelles réserves aux frontières Nord et Sud de la ZEE, met en avant la protection de la ressource et des écosystème, « l’exemplarité » internationale dont doit faire preuve l’Océanie en matière environnementales, ainsi que le poids que cette exemplarité doit donner aux demandes de régulation plus globale de la pêche dans le Pacifique. Rien de convaincant pour les pêcheurs, qui estiment que la lutte contre les grandes flottes de senneurs n’avance pas, et que la pêche locale palangrière, contrairement à ces armements étrangers, ne met pas en danger l’environnement ou la durabilité de la pêche. Mais les professionnels s’attardent aussi sur un autre argument développé par le Pays : ces AMP doivent permettre d’attirer des financements, notamment ceux des grandes ONG internationales.
Et une enveloppe a bien été annoncée ces derniers mois, celle de 15 millions de dollars promis sur la période 2025 – 2027 par le Te Moana Collective, alliance d’organisations non gouvernementales américaines et européennes pour la plupart liées à des grandes fortunes de la tech ou de l’industrie, tels que Pew Bertarelli Ocean Legacy, Blue Nature Alliance, la Fondation Wyss, Oceans5, le Bezos Earth Fund et le Bloomberg Ocean Fund. 1,5 milliard de francs pour 1,6 million de kilomètres carrés mis sous cloche : « Faites le calcul et voyez pour quel prix on a vendu notre souveraineté », lâche Vatea Moarii, du groupe Ocean Products Tahiti.
(…). Ce n’est pas la première fois que des critiques sont formulées à l’encontre des ONG internationales qui promeuvent de fortes mesures de conservation loin de leur pays d’origine. L’ancien ministre de l’Environnement Heremoana Maamaatuaiahutapu, en prise notamment avec Pew, les avait accusés d’imposer leurs idées de grands rahui en manipulant les populations locales, et même parlé de « comportement colonialiste ». La chercheuse Nathalie Ros avait mis en garde en 2022 contre les partenariats public-privé proposés par ces organisations et qui « peut aboutir à priver purement et simplement l’État côtier de la jouissance de ses droits souverains et ce pour une période indéterminée ». Une idée qui, sans être particulièrement mis en avant, est partagé par les armateurs, qui notent que « plusieurs pays du Pacifique font demi-tour » dans leur travail avec ces ONG après avoir été « trop loin » dans la « perte de souveraineté ».
(…) Dimanche, Moetai Brotherson avait profité du festival Tainui Atea, justement coorganisé avec Le Te Moana Collective, pour faire le point sur l’utilisation des 15 millions de dollars promis et dont l’utilisation devaient être pilotée avec les ONG, via un « véhicule financier » encore en discussion en février. Pas de précision sur ce « véhicule », mais les fonds ont tout de même commencé à être utilisés, a assuré le président du Pays, citant des « outils de monitoring » de la ZEE, et le « développement de modèles économiques alternatifs qui viendraient compenser les restrictions qui sont associées aux AMP ».
Derrière la multiplication des AMP, les pêcheurs voient « l’ingérence » des ONG (Radio 1)
Ils veulent bien protéger l’océan et ses espèces, mais pas à n’importe quel prix : face aux nouvelles zones de protection renforcées, les pêcheurs hauturiers et côtiers dénoncent une accumulation de contraintes alors que la filière traverse déjà une période difficile. Ils appellent le pays à ne pas se tromper de combat.
Protéger les océans, oui, mais « pour qui et contre qui ? » demandent les pêcheurs. À l’Est comme à l’Ouest de l’aire marine Tainui Atea couvrant l’ensemble des eaux polynésiennes, les zones de protection forte créées l’an dernier s’étendent sur 1,1 million de kilomètres carrés. Un effort déjà « considérable » pour les pêcheurs qui se voient privés aujourd’hui de 500 000 km2 supplémentaires au Nord et au Sud.
(…) Une « incohérence » d’autant plus difficile à accepter pour les professionnels que leur activité est reconnue comme durable et qu’elle couvre, selon eux, plus de 80 % de la consommation locale. Un pilier de la sécurité alimentaire, enjeu stratégique pour le Pays. Dans ce contexte, l’objectif de tripler les prises de pêche en Polynésie n’a plus de sens pour eux. « Il faut l’oublier, point barre ! » résume Yann Ching.
Du côté du Pays justement, on souligne que le zonage a été étudié pour limiter son impact sur la pêche hauturière. « La détermination des AMP s’est faite en dehors des zones que peuvent atteindre nos pêcheurs hauturiers. On a estimé à 1,6% de l’effort de pêche dans ces AMP » indique le président, Moetai Brotherson.
Mais selon les pêcheurs, si les volumes ont été maintenus, c’est parce que qu’ils ont redoublé d’investissement sur fonds propres. Un coût qu’ils ne pourront pas continuer à absorber avec toutes les difficultés que traverse la filière. D’autant que la pêche est saisonnière, que le thon est un poisson migrateur et que les prévisions de super El Niño menacent de perturber la distribution des stocks.
(…). Dans ce contexte, l’influence des grandes ONG dans la multiplication des AMP est vue d’un très mauvais œil. La création en janvier dernier d’un fonds de « 15 millions de dollars », soit 1,5 milliard de francs, par neuf ONG au sein du collectif Te Moana (Blue Nature Alliance, Pew Bertarelli Ocean Legacy, Blue Marine Foundation, Wyss Foundation, Becht Foundation, Bezos Earth Fund, Oceans5, Bloomberg Foundation) pour accompagner la création de nouvelles AMP est perçu comme une « forme d’ingérence » par les pêcheurs qui dénoncent des « conflits d’intérêts » dans la politique de protection des océans.
(…). Dans la région, le difficile équilibre entre protection, développement économique et moyen de surveillance de vastes espaces pose un vrai débat, comme en Nouvelle-Calédonie. Pour les organisations de pêches hauturières comme côtières, il ne faut pas se tromper de combat : « Les vrais prédateurs sont à l’extérieur » assène le président du syndicat des marins pêcheurs palangriers de la Polynésie française, Guy Porsenni.
(…). Pour préserver la filière les pêcheurs préviennent qu’il faudra un accompagnement du Pays. Et redoutent désormais de nouvelles annonces. Le débat est loin d’être clos. D’ici 2030, la France vise la protection de 30 % de son territoire, dont 10 % sous protection forte. Les eaux polynésiennes jouent donc un rôle clé dans cet objectif national.
« Les vrais prédateurs sont à l’extérieur » : les pêcheurs contre l’extension des Aires marines protégées (TNTV)