Un complexe de « tourisme vert » sur le gigantesque domaine Martin, près de Avera, à Raiatea ; Le projet Quintessence commence à se dessiner à Bora Bora ; À Moorea, un projet de supermarché de Maharepa divise depuis 2021 ; Création d’un comité de pilotage et de trois comités techniques (numérique, ressources humaines, grands projets) actée en conseil des ministres en vue de la décentralisation ; Plaidoyer pour un meilleur développement des politiques publiques fondées sur la stratégie.

 

# Le gouvernement de Moetai Brotherson a signé avant les fêtes un bail qui doit permettre à un investisseur étranger d’étudier la construction du Te Hau Moana, un complexe de « tourisme vert » sur le gigantesque domaine Martin, près de Avera, à Raiatea. Si les études confirment la viabilité de ce projet de 800 clés, qui mêle grande hôtellerie, tourisme nature, parcours de golf et marina, le bail se prolongera au long terme. Un format juridique qui a pris beaucoup de temps à être développé mais qui doit maintenant profiter à d’autres « sites remarquables » en attente de projets hôteliers. À commencer par le terrain de l’ex-Hana iti à Huahine et l’atoll de Tupai, qui recevront des visites d’investisseurs en ce mois de janvier.
C’est un projet évoqué depuis près d’une décennie à Raiatea, et qui prendra encore quelques années à se préciser, avant – éventuellement – d’être lancé. Mais il a franchi un premier pas concret, juste avant les fêtes : le gouvernement a signé un bail avec la société d’un investisseur étranger, qui dispose d’après le Pays d’importants actifs à Hong-kong, Singapour ou en Australie, pour étudier le développement d’un complexe touristique vert sur le domaine Martin. Ce « Te hau moana », le nom du projet, se voit donc confier un foncier public gigantesque – environ 600 hectares -, situé près d’Avera à Taputapuatea, qui avait été acquis par le Pays pour faire du développement touristique, et sur certaines parcelles, agricole. Le gros du domaine est considéré par la présidence comme un des « sites remarquables » qui doivent accueillir de grands projets hôteliers.
(…) Le domaine Martin est donc le premier des 18 « sites remarquables » listés par le gouvernement, en début de mandature, pour un potentiel développement touristique, à faire l’objet d’un bail. Moetai Brotherson avait souhaité proposer les cinq premiers à des investisseurs en 2025. C’est finalement en 2026 que des appels à projets devraient être lancés, en mettant à profit le modèle de bail créé pour le Te Hau Moana. Il s’agit du terrain de l’ex-Hana Iti, et sa magnifique plage de sable blanc à Huahine, ainsi que de l’atoll de Tupai, plusieurs fois mis en avant depuis le début de la mandature auprès d’investisseurs, notamment lors du voyage du président du Pays à Singapour.
(…). La plupart des 18 « sites remarquables » sont jugés, et après étude, pas encore prêt à intéresser les investisseurs. Mais l’exécutif veut avancer sur certains d’entre eux. Comme les abords du golf d’Atimaono, qui a fait l’objet de nouveaux investissements et qui attend une structure hôtelière depuis des lustres, en plus d’autres projets de développement, agricole, économique ou administratif, sur le reste du domaine de Deva. Le site du club Med de Moorea, abandonné en 2001, et paralysé par des débats familiaux et fonciers fait aussi partie des priorités. (…)

« Sites remarquables » : en attendant Tupai et Huahine, un premier bail à Raiatea (Radio 1)

 

# Après 39 ans à la mairie de Taputapuatea, dont 29 dans le fauteuil de maire, Thomas Moutame entend briguer un « dernier » mandat. Le tavana sortant, qui promet « de nouvelles têtes » sur ses listes en mars, dit vouloir accompagner le très ambitieux complexe éco-touristique privé Te Hau Moana, où il espère voir se créer pas moins de 1500 emplois. Le président de la CAPL met aussi en avant l’agriculture « bien sûr », les énergies vertes, et la culture traditionnelle, au travers notamment d’un « village de Turi », navigateur de Raiatea et père fondateur à Aotearoa. En revanche, le maire-candidat a fini par se rallier à l’opposition au centre d’enfouissement technique de Faaroa : « Le CET ne se fera pas à cet endroit ».
(…) …l’élu des Raromatai, qui a été représentant autonomiste à Tarahoi avec quelques discontinuités entre 1996 et 2023, veut faire aboutir durant le prochain mandat certains « grands projets ». À commencer par le très ambitieux complexe eco-touristique Te Hau Moana, en gestation depuis l’avant-Covid, et dont la société de promotion a enfin signé un bail avec le Pays. Et pas sur n’importe quel foncier : le domaine Martin, près de Avera, un des plus grands « sites remarquables » identifiés pour le développement hôtelier. 600 hectares, rachetés sous le gouvernement Fritch par le Pays
. (…). Hôtellerie de luxe, agro-tourisme, glamping, activités nature, villas golfiques sur double-parcours de 18 trous, parc aquatique, marina… La société Te Hau Moana qui doit mener des études préparatoires et poser la première pierre d’ici six ans pour obtenir un bail de longue durée, promet rien de moins qu’un complexe de 800 clés. (…). Il assure que les promoteurs veulent aussi profiter de cet espace pour du développement agricole « bio » – y compris de « l’élevage » et des grandes cultures comme le riz – et des énergies renouvelables, afin d’être « autonome » et créer « un maximum d’emplois ». Aucun chiffre, pour l’instant, du côté du Pays ou de l’investisseur. Thomas Moutame parle lui, à terme, de 1500 emplois, pour un investissement total de plusieurs dizaines de milliards de francs. La commune n’est en rien aux commandes, « mais elle doit accompagner tout ça », insiste le maire-candidat.
(…). Aussi massif qu’il puisse paraître, le Te Hau Moana n’est pas la seule priorité du maire sortant de Taputapuatea, qui réunissait au dernier recensement, 5000 des 12 000 habitants de Raiatea. En matière de tourisme culturel, il s’agit de « compléter » l’offre des marae classés à l’Unesco, qui ont déjà participé à faire « exploser » la fréquentation de l’île . (…). Le président de la CAPL veut aussi, « bien sûr » poursuivre ses projets agricoles, tournés avant tout vers le bio. Et compte là aussi sur de grands investisseurs. (…). Côté énergies vertes, après l’échec du projet un temps développé avec Akuo Energies, c’est la SPL qui doit prendre le relais pour construire « deux hectares de ferme agrisolaire », dans un calendrier qui reste à préciser.
(…). Il y a toutefois un grand projet que le candidat ne met plus en avant, encore du côté de Fa’aroa : le Centre d’enfouissement technique qui doit s’y installer depuis une décennie pour être le cœur de la gestion des déchets dans la communauté de communes Hava’i. Thomas Moutame a pourtant défendu par le passé, cette installation synonyme d’emplois, sur un terrain désigné puis affecté à la comcom, avec le soutien du Pays et l’État. Mais les contestations associatives, qui ont pris de l’ampleur ces derniers mois, ont fini par pousser le maire et son conseil municipal à faire volte-face à l’approche des élections.

Thomas Moutame dit « oui » au complexe hôtelier, mais « non » au CET (Radio 1)

# Le projet Quintessence commence à se dessiner à Bora Bora. Annoncé et détaillé par Gaston Tong Sang début 2025, c’est le groupe singapourien Surbana Jurong qui a été retenu après un appel d’offres lancé en septembre, pour développer ce projet d’aménagement de Vaitape qui comprend activité commerciale, touristique et culturelle. Une délégation avec cinq représentants est arrivée le 12 janvier sur place et doit rester jusqu’au 16 pour démarrer les études d’aménagement de ce qui doit être une « nouvelle page pour Bora Bora ».
Le maire Gaston Tong Sang avait détaillé ce projet baptisé « Quintessence » sur nos antennes en mars 2025 alors qu’il annonçait aussi sa candidature aux prochaines élections municipales. Il s’agissait de s’appuyer sur l’investissement privé international pour bâtir un grand pôle d’activité commerciale, touristique, et culturelle, à Vaitape.
(…) Sur ce Grand Vaitape, la mairie de Gaston Tong Sang veut y voir une médiathèque ou un centre culturel mais aussi capitaliser sur sa « marque » pour attirer des implantations de groupes de luxe et donc la clientèle huppée des hôtels de l’île. Bora Bora rappelle que ce projet d’aménagement, sur des terrains appartenant à la commune, « prend en considération notre patrimoine, notre histoire, notre culture ». Il se veut aussi irréprochable côté environnement avec des bâtiments « à énergie positive » visant « l’autonomie énergétique et une empreinte carbone neutre ». Le groupe singapourien devra donc se plier à ces règles.
(…). Les études doivent aussi « proposer une orientation socio-économique durable et culturelle, prioriser l’inclusivité des résidents et impulser le tout premier plan général d’aménagement de Bora Bora », précise encore la mairie dans son communiqué.

Un groupe singapourien retenu pour développer le Grand Vaitape (Radio 1)

Attention aux promesses fallacieuses ! Derrière les paysages de carte postale, la Polynésie cache un paradoxe intrigant : des hôtels abandonnés, laissés en friche et livrés, pour certains, à la voracité de la végétation ... Derrière les ruines hôtellières: le rêve brisé du tourisme de luxe (Tahiti Infos) 19/12/24 / Les fantômes du lagon : ces hôtels de luxe abandonnés qui hantent la Polynésie française (Pacific Pirates) 02/09/25

C'est un phénomène qui touche la Polynésie, un pays d’Outre-Mer français, souvent décrit comme paradisiaque. Il y a d'abord la carte postale : des paysages sauvages et épurés, des lagons turquoise, des cocotiers et des plages de sable blanc… Mais, quand on regarde de plus près, on peut découvrir de nombreuses et vastes ruines de béton. Ce sont des restes d’impressionnants hôtels, complètement abandonnés et qui pourrissent sur place…  Qu’est-ce qui peut expliquer la multiplication de ces friches ? Quelles conséquences entraînent ces ruines ? (Vidéo Youtube, 14/12/24): Que cachent ces immenses ruines dans ce pays d'outre mer ? (Brut)

 

# À Moorea, un projet de supermarché de Maharepa divise depuis 2021. Mais le groupe Wane n'a pas abandonné pour autant. Après une décision de justice pointant des lacunes environnementales, une nouvelle consultation publique est ouverte. La population peut présenter ses doléances jusqu'au 26 janvier.
Depuis 2021, le projet de supermarché à Maharepa cristallise les tensions. Porté par la Société commerciale de Moorea et SCI SOGIL - dirigée par Louis Wane - il prévoit la construction d’environ 13 800 m² de bâtiments (supermarché, galerie marchande, bureaux, parkings) sur un terrain auparavant entièrement boisé de 51 000 m².
Le projet est fortement contesté par une partie de la population, soucieuse de préserver l'authenticité de Moorea. La Fédération Tāhei 'auti ia Mo'orea se dit prête à retourner à la bataille. Elle a déjà recueilli plus de 500 doléances et doit les soumettre à la mairie.
Dans une décision rendue le 4 novembre 2025, le tribunal administratif avait souligné des insuffisances dans l’étude d’impact environnemental initiale du projet. Mais le permis de construire n'a pas été annulé et le groupe Wane n'a pas abandonné. (…). Une nouvelle consultation publique est donc lancée par la commune de Moorea. La population est appelée à s'exprimer vis-à-vis de ce potentiel futur supermarché.
(…). Au-delà de l'aspect environnemental, ce projet de Carrefour à Maharepa avait reçu un avis défavorable en 2022 de la part de l'Autorité polynésienne de la concurrence. L'APC estimait que ce supermarché représenterait une menace pour les petits commerces de l'île. Moorea en compte 13 tout autour de l’île, en plus des enseignes U, Champion et bientôt Auchan.

Le supermarché de Maharepa sortira-t-il de terre ? La population de nouveau appelée à s'exprimer (Polynésie 1ère)

 

Développement des politiques publiques

Face aux multiples enjeux de la politique de décentralisation portée par le gouvernement, la création d’un comité de pilotage et de trois comités techniques (numérique, ressources humaines, grands projets) a été actée en conseil des ministres. Suivi, coordination et accompagnement font notamment partie de leurs missions détaillées dans un arrêté du 7 janvier 2026.
Dans la continuité de la présentation du projet de décentralisation à 27 milliards de francs en trois phases sur douze ans en juillet dernier, le conseil des ministres a acté, mercredi 7 janvier 2026, la création de nouvelles instances de gouvernance de la politique de décentralisation en Polynésie française : un comité de pilotage et trois comités techniques.
Pour mener à bien ce vaste chantier aux multiples enjeux, le comité de pilotage (COPIL) a pour mission “d’assurer la coordination interministérielle des projets de décentralisation et de garantir la cohérence des actions engagées avec les politiques publiques sectorielles”, précise l’arrêté. Il est chargé de définir et d’actualiser les priorités stratégiques, d’assurer la cohérence des documents de cadrage et des programmes d’actions, d’examiner les propositions des comités techniques ou encore d’assurer la prise en compte de la décentralisation dans les politiques sectorielles.
(…) Le comité de pilotage sera appuyé par trois comités techniques (COTECH) de la décentralisation, organisés selon des axes précis : “numérique et dématérialisation” pour la modernisation des outils de travail et la simplification des procédures administratives ; “ressources humaines et conduite du changement” pour la gestion et le suivi des agents, l’adaptation de l’organisation du travail et l’accompagnement des transformations ; et “grands projets” pour la réalisation des projets de construction (éducation, santé, sports, culture, transports, infrastructures, etc.). Chaque COTECH est chargé d’émettre un avis technique préalable au COPIL et d’animer le programme d’actions correspondant.
(…). Ces nouveaux outils ont pour vocation de tendre vers “un développement équilibré et durable du territoire” en misant sur une stratégie de “coordination” et un “suivi rigoureux”. La “nécessité d’accompagner les services et les agents de l’administration” est également soulignée. Pour mémoire concernant Tahiti, à l’horizon 2032, trois centres administratifs sont envisagés à Taravao (aménagement du territoire), à Papara (ressources primaires) et à Mahina (éducation). (…)

Un COPIL pour aiguiller la décentralisation (Tahiti Infos)

# Dans une tribune collective publiée jeudi dans le journal Les Echos, William Kavacic, professeur en droit à l’université George Washington, Sean Ennis, professeur à l’université East Anglia Business school, Johanne Peyre, présidente de l’Institute for small markets in law and economics, Yannick Lecornu, son secrétaire général, et le sénateur Teva Rohfritsch militent pour un meilleur développement des politiques publiques fondées sur la stratégie. “Les outremers ne souffrent pas d'un excès de régulation en tant que tel, mais d'un défaut d'adaptation des modèles économiques et institutionnels qui leur sont appliqués”, rappellent-ils dans cette tribune.  
Ces économies constituent, par leur taille, des espaces d'expérimentation uniques”, expliquent les auteurs du texte. “Les décisions publiques y produisent des effets rapides, observables, mesurables. À ce titre, elles pourraient être des laboratoires avancés de régulation économique, de politique de concurrence et d'innovation publique.”
(…) “Les territoires ultramarins ne sont pas des territoires ‘à handicap’, mais des territoires de solutions, à condition d'assumer une régulation proportionnée, fondée sur l'expérimentation, l'évaluation et l’adaptation”, plaident finalement les auteurs de la tribune.

Les outremers, un laboratoire d’innovations économiques (Tahiti Infos)