Au moment où les pays débattent de la création d'un premier code minier, des scientifiques s'inquiètent des conséquences de l'exploitation minière en eaux profondes ; La société canadienne The Metals Company (TMC), annonce pourtant vouloir déposer une demande de contrats, via la loi américaine ; "Les discussions sur l’exploitation des grands fonds marins soulèvent des questions cruciales pour l’avenir de notre région", estime le ministre polynésien des Ressources Marines, Teavini Teai ; Quant au président Brotherson, il “craint que le potentiel de dommages environnementaux l'emporte sur les avantages” et met en garde ses homologues du Pacifique contre toute velléité de “jouer aux dieux avec le berceau de la vie” ; Pour Hinano Murphy, de l’association polynésienne Tetiaroa Society, « nous sommes les enfants du peuple de l’Océan » et « nous devons protéger cet héritage ».

 

 

 

Plus de quarante ans après un test d'exploitation minière en eaux profondes, des chercheurs ont observé de timides signes de vie sur le site, mais un retour à la normale y sera peut-être "impossible", met en garde une étude publiée ce mercredi 26 mars dans Nature. Des scientifiques basés au Royaume-Uni ont cherché à évaluer les conséquences de l'extraction minière dans la zone de Clarion-Clipperton (CCZ), une immense plaine à plus de 4.000 mètres de profondeur, dans les eaux internationales entre Hawaï et le Mexique. (…). Les scientifiques ont observé des créatures plutôt petites et mobiles à l'intérieur de la zone d'extraction, mais les animaux plus gros, qui se fixent sur le plancher océanique, y étaient toujours "très rares".
Les effets de l'extraction durent probablement "de nombreuses décennies au moins" et un plein retour de la vie est peut-être "impossible" avec l'extraction des nodules, qui servent d'habitat pour la vie marine. (…). Cette mise en garde intervient au moment où les pays débattent de la création d'un premier code minier, que l'Autorité internationale des fonds marins est censée finaliser cette année. Les défenseurs de l'environnement s'opposent à toute exploitation minière et veulent protéger la biodiversité, largement méconnue, de ces abysses. (…)

Exploitation des fonds marins : une étude démontre qu’un retour à la normale peut-être impossible (Polynésie 1ère)

# The Metals Company (TMC), pionnière dans le développement de l'exploitation minière sous-marine, a annoncé jeudi (27/03) vouloir déposer une demande de contrats via la loi américaine, y voyant une meilleure chance de passer à l'étape industrielle que via l'organisme international dédié. (…). TMC avait annoncé fin 2024 qu’elle prévoyait de déposer auprès de l’AIFM* le 27 juin 2025, via sa filiale Nori (Nauru Ocean Resources Inc.), la première demande de contrat d’extraction minière dans les eaux internationales. Cela concerne une zone du Pacifique où sont présents des nodules polymétalliques, sorte de « galets » riches en minéraux convoités, cobalt, manganèse, nickel et cuivre. Mais l’AIFM, organisme autonome créé par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (Unclos), n’a toujours pas finalisé le Code minier, alors que scientifiques, ONG et de plus en plus d’États dénoncent les menaces que l’extraction ferait peser sur les écosystèmes marins. La session de négociations en cours à Kingston, en Jamaïque, n’a pas permis d’avancée notable. Il est ainsi désormais certain que le code minier de l’AIFM n’existera pas en juin, et que l’éventuel dépôt d’une demande de TMC interviendrait alors dans un flou juridique. Dans ces conditions, l’entreprise canadienne, via sa filiale TMC USA, a l’intention de déposer au deuxième trimestre 2025 une demande de permis auprès de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), en vertu d’une loi américaine de 1980. (…)

Extraction minière sous-marine : une entreprise pionnière se tourne vers les États-Unis (TNTV)

* Pour rappel: 30e session de l'AIFM à Kingston : négociations autour des ressources minières des fonds marins (AvA-Infos) 25/03

 

# “Les discussions sur l’exploitation des grands fonds marins soulèvent des questions cruciales pour l’avenir de notre région. Entre opportunités économiques et impératifs de préservation, nous avons la responsabilité de prendre des décisions éclairées, qui s’appuient sur la science, le droit et une vision durable de nos ressources marines”.
Discours de Teavini Teai (ministre des Ressources Marines, de l’Environnement, en charge de la Recherche, de la Polynésie française) représentant le Président Moetai Brotherson et le gouvernement polynésien au Forum des îles du Pacifique, le 21 février

Talanoa de haut niveau sur les ressources minérales des fonds marins (Présidence.pf)

 

# Dans un long entretien accordé au journal anglais The Guardian, le président de la Polynésie française a réaffirmé, contre l’avis du président de son propre parti, Oscar Temaru, son opposition farouche à l’exploitation minière des fonds marins dans le Pacifique. Surtout, indépendantiste convaincu, il explique une fois encore vouloir l’indépendance du Pays, “mais pas de manière précipitée et mal menée”.
Même si dans cette entretien, Moetai Brotherson reconnait que “l'exploitation minière en eaux profondes est un attrait pour les pays insulaires du Pacifique qui souhaitent développer leur économie”, il met en garde ses homologues du Pacifique contre toute velléité de “jouer aux dieux avec le berceau de la vie”. Dans des explications fortes, il explique qu’il faudra d’abord “passer sur son cadavre” avant que cette exploitation minière soit mise en place dans le Pacifique. Un “avertissement sévère”, écrit le journal anglais qui décrit un président qui “craint que le potentiel de dommages environnementaux l'emporte sur les avantages”. En cela, il juge l’action des îles Cook dangereuses pour l’avenir. “De notre point de vue, c'est très inquiétant car cela crée un précédent et ignore également le fait que la pollution sous-marine n'a pas de frontières”, a-t-il déclaré au Guardian. (…). Surtout, alors que son parti, le Tavini Huiraatira, semble vouloir accélérer de façon désordonnée la quête d’indépendance du Fenua, le président du Pays explique pour sa part que cette indépendance ne doit pas être “précipitée”.

Brotherson affirme sa ligne au sein du Tavini (Tahiti Infos)

 

 

# Navires engloutis, esclaves morts lors de la traite transatlantique ou connexion "spirituelle" des îliens du Pacifique: les océans abritent un patrimoine culturel qui doit être protégé de l'extraction minière sous-marine au même titre que les écosystèmes, plaident ONG et peuples autochtones. « Nos ancêtres ont parcouru l’océan pendant des millénaires, transmettant les informations de génération en génération », raconte à l’AFP Hinano Murphy, de l’association polynésienne Tetiaroa Society. « Nous sommes les enfants du peuple de l’Océan » et « nous devons protéger cet héritage », en faisant « adopter le principe selon lequel les fonds marins sont un lieu sacré, la matrice de la vie » , insiste-t-elle.
Lors de la session en cours de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) en Jamaïque, les représentants de peuples autochtones ont plaidé pour que leur héritage culturel et leur lien spirituel avec les océans soient reconnus dans le code minier, qui doit établir les règles d’exploitation des fonds marins dans les eaux internationales. Scientifiques et défenseurs des océans insistent depuis longtemps sur les menaces que cette future exploitation industrielle fait peser sur les écosystèmes marins. (…) Les entreprises exploitantes devraient ainsi notifier l’AIFM en cas de découverte de restes humains, d’objets ou de sites archéologiques. Une découverte qui, selon l’issue des négociations, pourrait mener à une suspension des activités. Mais les modalités et les définitions ne font pas consensus. «Définir le patrimoine culturel seulement par les épaves me semble très triste», dit à l’AFP April Nishimura, une représentante d’un clan des Gitxsan au Canada, qui souligne le lien de son peuple avec la mer par l’intermédiaire des saumons qui remontent les rivières. (…)

L’héritage culturel du Pacifique menacé par l’extraction minière sous-marine (TNTV)