Une alimentation équilibrée rendue possible par l'autonomie alimentaire du fenua, grâce au développement d'une agriculture locale performante mais respectueuse de l'environnement... (!) Cette problématique est au coeur de débats qui ne sont pas sans arrière-plan politicien ; Au coeur de polémiques, le très controversé pass Tama’a maitai qui vise à répondre à trois enjeux majeurs : pouvoir d’achat, santé publique et soutien à la production locale ; 10 nouvelles conventions pour la gratuité de la cantine scolaire: une volonté politique qui se heurte à une réalité économique complexe ; Les pesticides s'invitent aussi dans le débat : le gouvernement veut encadrer voire interdire l'utilisation de ces produits nocifs pour le consommateur. Une résolution très critiquée par les professionnels de l'agriculture conventionnelle...; Remettre au goût du jour les maite, ces fosses de culture ancestrales qui ont nourri la population des Tuamotu pendant des siècles.
# Déjà sévèrement critiquée par un précédent rapport en 2017, la politique agricole menée par le Pays est une nouvelle fois fortement malmenée par un récent rapport de la Chambre territoriale des comptes. Baisse de la production masquée par la hausse des prix, importations de riz à la hausse, indiquant une situation sanitaire qui se dégrade, et des politiques publiques inefficaces, quand elles ne sont pas contre-productives, jalonnent le rapport.
Dans un rapport qui devrait être publié dans les semaines qui viennent, la Chambre territoriale des comptes (CTC) s’est intéressée à la politique agricole et à la souveraineté alimentaire sur les exercices 2020 et suivants. Ce document que Tahiti Infos s’est procuré met en avant, non pas des progrès, mais au contraire une régression de l’efficacité de la puissance publique en la matière, principalement sous l’ancienne gouvernance d’Édouard Fritch. Cette enquête fait suite à deux contrôles conduits récemment par la juridiction, qui ont porté sur l'établissement public Vanille de Tahiti et sur la chambre de l’agriculture et de la pêche lagonaire.
Si la CTC remarque l’“effort de transparence de l'action publique” en matière de politique agricole, l’aspect positif de la publication des schémas directeurs avec les 102 milliards de francs annoncés en dépenses prévisionnelles et des avancées notables comme l’augmentation de 41 % depuis 2016 des surfaces de terres agricoles ou le versement de 14,1 milliards de francs en aides diverses, “le redressement espéré de l’agriculture locale n’est pas au rendez-vous”, explique la CTC dans son rapport
(…) Onze des 13 filières identifiées sont toutes en baisse de leur volume de production de 2020 à 2023, entraînant une augmentation des prix pratiqués par les producteurs pour continuer à vivre et, de fait, “alimentant un mouvement inflationniste qui pèse in fine sur le consommateur”.
Cette augmentation des prix a permis de masquer la perte en volume par un maintien, voire une hausse, en valeur, masquant la situation critique de l’agriculture et l’inefficacité de la politique publique en Polynésie française.
(…) voir Les 10 recommandations de la CTC
La souveraineté alimentaire, ce n’est pas pour demain (Tahiti Infos)
# Ce jeudi, l’assemblée de la Polynésie française entre dans le dur. Pour la première fois depuis la recomposition de l’hémicycle, les représentants devront examiner des textes de fond, dont le très controversé pass Tama’a maitai. Sans majorité absolue, le gouvernement joue gros : critiqué sur le fond comme sur la méthode, il devra convaincre bien au-delà de ses seuls soutiens pour espérer faire passer son texte.
Le test commence ce jeudi. Après une ouverture de session protocolaire, marquée par les discours officiels et l’installation du groupe A Fano Ti’a, l’assemblée entre dans sa première véritable séance de fond. À l’ordre du jour, plusieurs textes sensibles, dont le pass Tama’a maitai, déjà loin de faire consensus. Mais au-delà du contenu des textes, c’est surtout la nouvelle configuration politique de l’hémicycle qui focalise l’attention. Privé de majorité absolue, l’exécutif ne peut compter que sur une quinzaine d’élus sûrs, loin des 29 voix nécessaires pour adopter un texte. Dans ce contexte, chaque vote devient incertain, chaque prise de position stratégique.
Sur le papier, le dispositif Tama’a maitai vise à répondre à trois enjeux majeurs : pouvoir d’achat, santé publique et soutien à la production locale. Il prévoit notamment un système de titres alimentaires d’un minimum de 12 000 francs mensuels, cofinancés par l’employeur et le salarié, avec une participation du Pays pour les agents publics. Objectif affiché : orienter la consommation vers des produits locaux, dans un territoire où près de 75 % de l’alimentation reste importée.
Mais dans les faits, le mécanisme interroge. Utilisation via application mobile, QR code, réseau d’acteurs agréés, contrôle des flux financiers… Le dispositif repose sur une architecture technique lourde, qui lui vaut déjà d’être qualifié “d’usine à gaz”… comme une certaine réforme RNS. Entre agréments, traçabilité et dématérialisation, difficile d’imaginer les petits producteurs ou les “māmā” des marchés s’inscrire facilement dans le système. Un paradoxe pour un texte censé soutenir les circuits courts, alors qu’en l’état, le dispositif paraît surtout adapté à des structures déjà organisées. Au-delà de sa complexité, le dispositif interroge aussi sur le fond. Car si le texte affiche l’ambition de favoriser les produits locaux, ses contours restent encore largement imprécis.
(…) Face aux nombreuses interrogations soulevées en commission, notamment sur l’attractivité du dispositif pour les employeurs, le gouvernement promet d’ouvrir la porte à des ajustements. Une exonération fiscale, de type crédit d’impôt, a ainsi été évoquée… mais renvoyée à plus tard. Le rapport précise en effet qu’“un projet de texte sera transmis prochainement à l’assemblée” sur ce point sans davantage de précisions. Autrement dit, à ce stade, rien n’est inscrit dans la loi : une promesse encore floue, qui laisse en suspens une partie de l’équilibre du dispositif. (…)
Pass Tama’a maitai : premier crash-test politique pour un gouvernement sans majorité (Tahiti Infos)
L’examen du projet de loi du pays relatif à la mise en place de dispositifs favorisant une alimentation équilibrée et ancrée dans l’économie locale en faveur des salariés et des agents publics de l’administration de la Polynésie française et portant instauration du titre Tama’a Maita’i en Polynésie française, s’est soldé par un rejet du texte ce jeudi à Tarahoi.
Premier texte inscrit à l’ordre du jour des travaux parlementaires. Premier clash. Premier revers pour le pouvoir exécutif.
(…) En effet, par quarante-deux voix, la représentation territoriale s’est positionné farouchement contre le projet de ticket-restaurant, version polynésienne, proposé par le gouvernement Brotherson. Si chacun reconnaît que l’intention est louable, ne serait-ce que pour soulager le porte-monnaie des travailleurs à la pause médiane, qu’ils soient du secteur privé ou public, c’est surtout la mise en oeuvre du dispositif qui a été vertement critiquée. Mais avant de passer au vote, l’élue Tepuaraurii Teriitahi avait suggéré d’examiner le texte, article par article, et non en procédure simplifiée comme prévu au départ, pour voir dans quelle mesure il était possible de le corriger.
(…) Toujours est-il que le chef de l’exécutif local n’a pas beaucoup apprécié le positionnement des uns et des autres sur ce texte, exception faite du nouveau groupe A fano Tia, seul à l’approuver. Dans le collimateur, le groupe Tavini qui, par la voix de Maurea Maamaatuaiahutapu, n’a pas été tendre non plus.
Tarahoi ne digère pas le ticket-restaurant Tama’a Maitai (Tahiti News)
# 10 nouvelles conventions pour la gratuité de la cantine scolaire ont été signées ce vendredi matin entre le président du Pays, la ministre de l'Education et les chefs d'établissements scolaires des Tuamotu, Marquises, les Australes et quelques-uns de Tahiti, ce qui porte à 26 le nombre de partenariats mis en place entre le Pays et les établissements scolaires.
Le déploiement de la gratuité a débuté le mois dernier par les lycées publics, qui relèvent directement de la compétence du gouvernement. Cette « phase 1 » du dispositif est déjà opérationnelle, mais l'exécutif travaille activement à l'élargissement de la mesure aux établissements privés protestants, catholiques ou adventistes. Le président du Pays, Moetai Brotherson, précise que les discussions sont en cours car « les règles de gestion, la gouvernance interne sont un peu différentes » au sein de ces structures, empêchant une mise en œuvre simultanée avec le secteur public.
(…). L'un des objectifs majeurs de cette réforme est d'augmenter la part des produits locaux dans les assiettes des élèves. Toutefois, cette volonté politique se heurte à une réalité économique complexe : plus les menus intègrent de produits locaux, plus le coût de revient des repas augmente !
(…). Malgré ces contraintes, les chefs d'établissement mettent en place des stratégies progressives pour atteindre cet objectif de consommation locale tout en surveillant de près l'équilibre de leurs dépenses. Comme le rappelle Moetai Brotherson, l'enjeu consiste désormais à « affiner les questions budgétaires » pour pérenniser ce modèle de restauration scolaire.
Cantines scolaires gratuites : entre volonté politique de "manger local" et impératifs financiers (Polynésie 1ère)
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# Une poignée d’agriculteurs seulement ont participé ce jeudi au séminaire consacré aux pesticides. Entre manque de concertation entre professionnels et pouvoirs publics, difficultés économiques et réglementation qui ne fait pas consensus, l’autonomie alimentaire semble pour l’instant utopique.
Ce jeudi, ils étaient près d’une centaine d’inscrits au séminaire consacré aux pesticides en Polynésie française, organisé par la présidence sur deux jours. Mais dans la salle, seule une poignée d’agriculteurs avaient fait le déplacement, sur les 7 000 que compte le territoire, alors que les intervenants (élus, agriculteurs conventionnels, raisonnés et biologiques, utilisateurs de biocides, associations de consommateurs, services publics et organismes scientifiques) se sont succédé à la tribune avec pour objectif : faire l'état des lieux des risques et bénéfices des pesticides.
Dans un rapport préoccupant de la Chambre territoriale des comptes (CTC) sur le secteur agricole, dont Tahiti Infos s’est fait l’écho cette semaine, la juridiction souligne en effet que la production locale reste en recul, tandis que les importations agricoles ont atteint 63 milliards de francs entre 2020 et 2023, soit plus du double de la production locale commercialisée. Malgré les 14,1 milliards de francs d’aides versées, les agriculteurs dénoncent un manque de soutien et surtout de concertation avec les pouvoirs publics. “La stratégie de subvention n’est sûrement pas la bonne. Il y a un manque de concertation avec nous. On souhaite du concret, la situation devient vraiment compliquée”, déplore Ken Lin, agriculteur maraîcher et vivrier à Taravao.
Au-delà des difficultés économiques, c’est aussi l’image des agriculteurs qui est en jeu, notamment autour de l’utilisation des pesticides, souvent pointée du doigt. La réglementation sur les pesticides cristallise particulièrement les tensions. Membre du Syndicat des agriculteurs de Polynésie (SAP), Teva Cavallo conteste cette perception et s’appuie sur des analyses pour défendre la production locale.
(…) Autre enjeu soulevé lors du séminaire, la formation des agriculteurs à l’utilisation des produits phytosanitaires, qui pourrait devenir obligatoire dans les prochains mois. (…). Le plan Tavivat, porté par le gouvernement, vise à développer les cultures vivrières comme le taro, le ’uru ou la patate douce, mais certains agriculteurs alertent sur un déséquilibre. “On nous parle de vivrier, mais le consommateur veut aussi des salades, du chou". (…)
Les défis de l'agriculture au cœur d'un malaise polynésien (Tahiti Infos)
Comment manger local si possible sans pesticides, c'est-à-dire bio ? Le gouvernement veut encadrer voire interdire l'utilisation de ces produits nocifs pour le consommateur. Une résolution très critiquée par les professionnels de l'agriculture conventionnelle qui pointent du doigt une montée en puissance des nuisibles et une baisse de la production. Ils ont pu s'exprimer lors d'un séminaire organisé à la Présidence.
Dans l’exploitation de Jean-Baptiste Tavanae, les nuisibles sont repoussés grâce à des solutions non toxiques, et les mauvaises herbes sont étouffées par des paillages en vétiver. Pour cet agriculteur, réussir la transition de l’agriculture conventionnelle vers le bio passe avant tout par un accompagnement et des moyens adaptés.
(…). Le gouvernement souhaite justement renforcer l’encadrement des pesticides et en interdire davantage. Une erreur, selon Kalani Teixeira, vice-président par intérim du syndicat des agriculteurs de Polynésie : face à des insectes qui ravagent rapidement les cultures, la production locale peine à suivre.
(…). Pour confronter les points de vue, un séminaire consacré aux pesticides a réuni une centaine de professionnels pendant deux jours. Pour Thomas Moutame, président de la chambre d'agriculture et de la pêche lagonaire, il faut dégager une enveloppe plus conséquente pour la formation des agriculteurs. (…). En Polynésie française, on compte plus de 4 000 exploitations agricoles réparties sur l’ensemble du territoire.(Reportage vidéo)
Agriculture : le bio c'est bien, mais peut-on vraiment se passer des pesticides ? (Polynésie 1ère)
# Remettre au goût du jour les maite, ces fosses de culture ancestrales qui ont nourri la population des Tuamotu pendant des siècles, c’est l’objectif d’un guide pratique accessible en ligne. Fruit de plusieurs mois d’expérimentation menés par la société Vai Natura et l’association Pu Tahi Haga No Ganaa avec le soutien de la commune de Nukutavake et de l’Union européenne, ce projet vise à “redonner vie à ces systèmes agricoles uniques, adaptés aux atolls et aux défis contemporains”.
- Liens et contacts
Télécharger le guide
Contacter Vai Natura ou Pu Tahi Haga No Ganaa par mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Un guide de restauration des maite (Tahiti Infos)

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