Présent, fin février, à Hawaii au Sommet États-Unis d’Amérique – Pacifique, le président Moetai Brotherson a affirmé un certain nombre de positions de son gouvernement concernant le développement d’infrastructures durables adaptées aux « réalités insulaires », notamment en matière de transition énergétique, de résilience face au changement climatique et de valorisation d’une économie bleue... Et ce, pour une Polynésie française qui "n’est pas spectatrice des grandes décisions régionales" mais qui, en tant qu'actrice, porte une vision, une identité et une ambition. Pour autant, à l'approche des élections communales, la thématique de l’exploitation des ressources marines se révèle être une ligne de fracture entre la ligne dure affirmée par le leader du le Tavini Huira’atira, Oscar Temaru, et le positionnement du chef du gouvernement qui a acté le classement de la ZEE en espace naturel protégé, avec leur interdiction dans toute la zone.
# Le président de la Polynésie, Moetai Brotherson, se trouve (le 27/02) à Hawaii où se déroule le Sommet États-Unis d’Amérique – Pacifique. Un rendez-vous qui a pour thématiques « l’investissement, la sécurité et la prospérité partagée ». Organisé par les Etats-Unis, ce sommet réunit « dirigeants politiques, investisseurs et experts », indique un communiqué de la Présidence.
« Les discussions ont réuni les pays du Pacifique et les entreprises américaines autour de priorités majeures : infrastructures, transition énergétique, sécurité alimentaire, santé, tourisme, services financiers, télécommunications et développement de l’économie numérique », précise celle-ci.
(…). « Si des investisseurs américains sont déjà présents en Polynésie française, notamment dans le secteur hôtelier et plus récemment dans les câbles numériques », le président de Polynésie s’est dit plus ambitieux.
Il a milité pour « le développement d’infrastructures durables adaptées » aux « réalités insulaires », pour « l’accélération de la transition énergétique afin de réduire notre dépendance aux énergies fossiles », mais aussi pour « la résilience face au changement climatique » et « la valorisation d’une économie bleue ». « La Polynésie française n’est pas spectatrice des grandes décisions régionales. Elle est actrice. Elle porte une vision, une identité et une ambition », conclut le communiqué de la Présidence.
Moetai Brotherson à Hawaii pour le Sommet États-Unis d’Amérique – Pacifique (TNTV)
# Réuni samedi matin (28/02) à Faa’a, le Tavini Huira’atira a lancé sa bataille municipale, à deux jours du démarrage officiel de la campagne. Mais Oscar Temaru a surtout réaffirmé sa ligne dure sur l’exploitation des ressources marines, en signant un recours contre l’État français devant la Cour internationale de justice. Une initiative qui accentue les tensions avec le gouvernement Brotherson et confirme les fractures internes du parti. Temaru reconnaît d’ailleurs qu’une “clarification” pourrait intervenir après les municipales, sans évoquer pour autant un “divorce”.
(…). Devant ses lieutenants, le leader indépendantiste a signé un recours visant la France devant la Cour internationale de justice, dénonçant une “mainmise” sur les ressources marines polynésiennes. Sauf que seuls les Etats peuvent saisir cette juridiction. Mais Oscar Temaru a assuré que sa plainte était "recevable". Dans le document transmis, le Tavini accuse l’État français de violer le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en niant “la souveraineté permanente du peuple maohi sur ses ressources naturelles”, notamment après les annonces liées aux aires marines protégées issues de la conférence UNOC de Nice. Un sommet auquel a participé le président du Pays, Moetai Brotherson, la Polynésie ayant alors soutenu la création d’une vaste aire marine protégée couvrant l’ensemble de sa ZEE. Pour Temaru, cette sanctuarisation de l’océan ferme la porte aux richesses des grands fonds, prive le Pays d’un levier stratégique pour sa souveraineté économique et hypothèque toute perspective d’indépendance financière à long terme.
(…) Ce positionnement s’inscrit dans un combat plus large pour la souveraineté économique. En signant devant ses cadres ce recours, Oscar Temaru entend aussi faire de la question des ressources marines un thème structurant, y compris dans une campagne municipale normalement centrée sur les enjeux locaux. (…). Derrière la bataille juridique se profile surtout une vision économique radicalement différente de celle du gouvernement du Pays. Alors que Moetai Brotherson s’oppose fermement à l’exploitation minière des grands fonds, Oscar Temaru continue de défendre l’exploration et l’exploitation des nodules polymétalliques. Selon lui, ces ressources constituent la clé d’une indépendance financière durable. (…). Cette ligne dure ne fait toutefois pas consensus au sein du Tavini et pèse directement sur la campagne. (…)
Municipales : Les ressources marines creusent le clivage au Tavini (Tahiti Infos)
Huit ans après la « plainte pour crime contre l’humanité » devant la Cour pénale internationale, Oscar Temaru a signé samedi un document présenté comme une « plainte auprès de la Cour internationale de justice ». Le parti indépendantiste y dénonce la violation par la France de la souveraineté maohi sur ses ressources marines. Si l’efficacité, ou męme la réalité légale de cette procédure a de quoi interroger, elle vient appuyer sur une importante ligne de fractures au sein du Tavini, quelques mois aprčs l’interdiction de l’exploitation des ressources minières dans la ZEE par le gouvernement Brotherson. Le président du parti assure pourtant ne pas vouloir provoquer de divorce au sein de la majorité, ni attaquer frontalement le président du Pays, qu’il dit vouloir « convaincre » de changer sa ligne.
(…) Mais qu’importe la procédure envisagée, ou même son résultat. En 2018, la communication du Tavini et de l’Église protestante Maohi auprès de la CPI, n’avait, déjà, abouti à aucune enquête internationale, ni décision ou acte quelconque, si ce n’est un « accusé de réception » de la juridiction. « Il fallait trouver des avocats, ça coûte cher », évacue aujourd’hui Oscar Temaru, qui sait toutefois que cette « plainte » avait participé à créer du débat, au fenua et ailleurs, sur son objet principal : les conséquences des essais nucléaires. Cette fois, c’est sur un autre cheval de bataille que le leader du Tavini monte devant la communauté internationale : les ressources marines, au centre de son discours depuis plusieurs années, et au cœur des tensions internes au parti ces derniers mois. Ainsi la « communication » signée ce samedi dénonce la « création d’une aire marine protégée, couvrant l’intégralité de la ZEE polynésienne, interdisant l’exploitation minière des fonds marins sans reconnaissance préalable de la souveraineté maohi sur ces ressources ». Une création annoncée lors de la Conférence des Nations Unies organisée à Nice en juin 2025 et qui aurait été « boycottée » par le Tavini pour « dénoncer la substitution de la France à la voix du peuple polynésien ».
(…). C’est pourtant bien le gouvernement de Moetai Brotherson qui a acté le classement de la ZEE en espace naturel protégé – et plus en aire marine gérée, comme c’était le cas depuis 2018 -, et l’interdiction générale d’exploitation des ressources marines dans toute la zone. Une décision prise par arrêté en conseil des ministres le 24 septembre 2025, moins d’un mois après un avis positif adopté par délibération à Tarahoi, et donc par la majorité Tavini, le 27 août. Plusieurs autres arrêtés du Pays ont été depuis publiés pour augmenter le niveau de protection de certaines zones des eaux polynésiennes. Pourquoi Oscar Temaru s’attaque au président de la République plutôt qu’au président du Pays, qui n’a jamais caché son opposition à l’exploitation des fonds marins ? Parce que « Moetai Brotherson n’est pas le président de la Polynésie, répond-il. Il est le président du gouvernement de la Polynésie. Le président de la Polynésie, c’est un seul bonhomme, c’est M. Macron. Voilà la réalité ».
(…). La question de l’exploitation des ressources marines, source de financement providentielle de l’indépendance pour la vieille garde du parti, et risque environnemental inconsidéré aux bénéfices incertains pour d’autres, déchire depuis de longs mois le Tavini. (…)
Ressources marines : une plainte à la CIJ qui appuie sur les divisions du Tavini (Radio 1)

Contactez directement l'équipe de rédaction de AvA en écrivant à cette adresse :
AvA-infos est un site d'information participatif. Vous faites partie d'une association, vous êtes actif dans le développement durable ? Envoyez vos articles à paraître sur AvA-infos, ou indiquez vos prochains rendez-vous à ne pas rater dans l'Agenda...