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L’administration américaine s’apprête à mettre aux enchères plus de 12,5 millions d’hectares de fonds marins au large des Samoa américaines afin de permettre l'extraction de nodules polymétalliques, estimés “enjeu stratégique” par Washington. Alors, “Poubellisation des océans ? Exploitation minière des grands fonds marins ?…Les conclusions de l'expertise scientifique menée par l'Institut de Recherche pour le développement font un état des lieux sans détour sur l'avenir des grands fonds marins dans le Pacifique. Des recommandations pour mieux connaître ces espaces et réfléchir à leur avenir.

 

 




# L’administration américaine s’apprête à mettre aux enchères plus de 12,5 millions d’hectares de fonds marins au large des Samoa américaines le 19 novembre prochain. Face à ce projet inédit, un collectif d'organisations environnementales et de chefs traditionnels engage une bataille judiciaire éclair pour bloquer la vente, expliquent nos confrères de Radio NZ.
L'offensive fédérale est lancée : sous l'impulsion du décret présidentiel d'avril 2025 désignant les ressources en eaux profondes comme un enjeu stratégique, Washington entend concéder plus de 31 millions d'acres du plateau continental extérieur. L'objectif principal est de permettre l'extraction de nodules polymétalliques — riches en nickel, cuivre et cobalt —, suscitant notamment l'intérêt de la firme Impossible Metals.
Mais sur place, la riposte juridique s'organise face à ce que les opposants considèrent comme un passage en force.
Représentés par l'organisation Earthjustice, le groupe local Fa'asao Amerika Samoa, le Conservation Council for Hawai'i et le conseil des chefs traditionnels (matai) Faleula o le Manu'atele ont déposé un nouveau recours en justice pour suspendre la vente.
(…) Bien que le territoire des Samoa américaines ait interdit l'exploitation minière dans ses eaux territoriales en 2024, les enchères portent sur les zones adjacentes sous juridiction fédérale. Les plaignants soulignent deux failles majeures dans la démarche de Washington : L'absence d'autorité légale tout d’abord. Les requérants soutiennent que l'agence fédérale (Marine Minerals Administration) ne possède pas l'autorité nécessaire en vertu de l'Outer Continental Shelf Lands Act. Et le respect des traités historiques dans un second temps. Les opposants rappellent que la relation entre Washington et le territoire ne donne pas un pouvoir illimité au gouvernement fédéral.
(…) Jeudi (22/10), Moetai Brotherson, président de la Polynésie française, et Taivini Teai, ministre de l’Agriculture, des Ressources marines, de l’Environnement, en charge de l’Alimentation, de la Recherche et de la Cause animale, exposeront la première restitution régionale de l’Expertise scientifique collective (ESCo) consacrée aux enjeux de connaissance et de gouvernance des grands fonds marins, organisée par l’Institut de recherche pour le développement (IRD). L’IRD a d’ailleurs déjà fourni un premier document sur le sujet en 2011, commandé à l’époque par Édouard Fritch et le haut-commissaire René Bidal.
(…) Si la Polynésie française avait décidé de prendre le parti de lancer une filière d’exploitation, l’IRD avait fourni 6 recommandations supplémentaires (…)
Des recommandations qui risquent, 11 ans plus tard, d’être bien différentes avec l’avancée des technologies et la volonté affichée par le gouvernement Brotherson de ne surtout pas se lancer dans une telle exploitation.

Les Samoa contestent l’exploitation des grands fonds (Tahiti Infos)



# Les résultats de l’expertise scientifique collective de l’IRD sur les grands fonds marins ont été présentés pour la première fois à la Présidence de la Polynésie française ce jeudi. Une étude qui conforte Moetai Brotherson et son gouvernement dans son opposition à l’exploitation minière des grands fonds, « catastrophe annoncée » sur le plan environnemental et économique. Les recommandations de cette expertise doivent surtout permettre à l’État, qui a ces dernières années marqué un virage sur le sujet, d’actualiser sa stratégie sur les grands fonds. Mais le pays pourrait aussi s’en inspirer.
(…) Pendant trois ans, treize experts internationaux, des anthropologues, biologistes, économistes, géologues, océanographes, philosophes et juristes, ont multiplié ateliers et échanges, afin de dresser un état des connaissances sur les grands fonds marins en croisant savoirs scientifiques, traditionnels et locaux. Ce travail a débouché sur dix recommandations visant à éclairer les décisions publiques et à améliorer leur gouvernance, en tenant compte des usages et des impacts environnementaux de ces espaces maritimes. Dix-sept pays et territoires du Pacifique ont été associés aux dialogues.
Les zones économiques exclusives de la Polynésie française, de la Nouvelle-Calédonie et de Wallis-et-Futuna, comme les eaux internationales, étaient au centre de cette restitution régionale, menée d’abord au fenua, avant d’aller en Nouvelle-Calédonie. Y ont assisté les représentants du Pays et du Haut-commissariat, ainsi que les PDG de l’Ifremer et de l’IRD, invités pour l’occasion. Parmi les thèmes qui ont émergé : les controverses autour de la mine sous-marine.
Sur ce sujet, le président du Pays n’a pas mâché ses mots. Pour Moetai Brotherson, la restitution est « absolument essentielle », car c’est à la science d’éclairer les décisions politiques, avec l’ensemble de la population, pour que chacun mesure les enjeux. Environnementaux d’abord : l’exploitation des fonds marins est selon lui « une catastrophe annoncée ». Économiques ensuite : « Toutes ces études démontrent qu’on perd de l’argent en faisant du deep sea mining. »
Le chef de l’exécutif a aussi rappelé l’importance de l’océan pour les Polynésiens et la position du Pays en faveur d’un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds, exprimée dès 2022. Les travaux présentés, a-t-il noté, invitent à mieux associer les populations et les savoirs locaux aux réflexions sur la préservation et les usages de l’océan.
 (…) Alors que la stratégie de 2015 penchait plutôt pour une exploitation, l’État lui-même se range désormais dans le camp du principe de précaution. Un tournant acté dès 2022, avec la proposition d’Emmanuel Macron d’adopter un moratoire international sur le sujet. « Au début, la France était plutôt sur une position pro-mine et elle a changé d’avis entre-temps », souligne Tamatoa Bambridge, anthropologue et seul expert polynésien associé aux travaux de l’ESCo.
Le rapport peut ainsi appuyer une stratégie de conservation comme Tainui Atea, tout comme une politique de découverte de ces fonds, « je ne parle pas d’exploitation encore », précise-t-il, avec des recommandations dont il faudra tenir compte.
La première de ces dix recommandations propose d’organiser des forums citoyens pour porter la question des grands fonds dans le débat public. Les autres insistent notamment sur la nécessité de compléter et de consolider les connaissances, et de les rendre accessibles. Trois recommandations retiennent particulièrement l’attention du pays : ces forums citoyens, mais aussi la mise en débat des usages actuels et futurs des grands fonds, et le développement d’une politique de la connaissance qui associe les différents savoirs. (…)

Après l’expertise de l’IRD, le Pays réaffirme son opposition à la mine sous-marine (Radio 1)

Présentées aux autorités après trois ans d'études, les conclusions de l'expertise scientifique menée par l'Institut de recherche pour le développement (IRD) font un état des lieux sans détour sur l'avenir des grands fonds marins dans le Pacifique. Entre une « poubellisation » bien réelle sous-estimée et les débats autour de l'exploitation minière, les anthropologues Valélia Muni Toke et Pierre-Yves Le Meur appellent à mieux intégrer la voix des populations océaniennes dans la gouvernance de l'océan. Interview de Pierre-Yves Le Meur, coordinateur de l’expertise scientifique collective menée par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et Valélia Muni Toke, coordinatrice de l’expertise scientifique collective .
Les  réponses de Valélia Muni Toke et Pierre-Yves Le Meur aux questions de TNTV:
- Dans quel contexte s’inscrit cette expertise et quelle a été votre approche ? (...)
- Des recommandations qui seront donc précisées demain. Valélia, votre expertise parle de « poubellisation » des grands fonds. De quelle pollution parle-t-on et que s’étend la situation dans nos eaux ? (...)
-  On parle beaucoup des métaux présents au fond de l’océan, vous venez de le dire, mais sait-on vraiment ce que leur exploitation rapporterait au lieu aux populations ? (...)
- Pierre-Yves, on sait que vous êtes neutre, mais dans le débat au niveau environnemental, qui a raison ? (...)
- Valélia, vous demandez, dans votre expertise et dans vos recommandations, que les citoyens participent davantage à la prise de décision. Aujourd’hui, la voix des populations du Pacifique – dont les Polynésiens – est-elle suffisamment entendue ? (...)
- Le pays a alerté cet été sur un projet d’exploration minière près de nos eaux. Peut-on réellement protéger nos fonds marins si des activités minières se développent juste à côté ? (...)

Grands fonds : « On a sans doute un manque de représentation des voix du Pacifique », déplore l’IRD (TNTV)




# Des microplastiques retrouvés jusque dans de petites crevettes, des câbles au fond de l'océan… Les profondeurs marines ne sont pas épargnées par les activités humaines. Après trois ans de travaux, des scientifiques ont présenté leurs conclusions jeudi 22 octobre, à la Présidence. Dix recommandations pour mieux connaître ces espaces et réfléchir à leur avenir. Un enjeu qui concerne aussi les Polynésiens.
À 6 000 mètres sous la surface, il fait nuit noire. La lumière du soleil n'arrive plus jusque-là. Pourtant, la vie existe toujours, avec de petites créatures adaptées à ces conditions extrêmes. Mais même à cette profondeur, l'homme laisse des traces.
Lors de la présentation des résultats de trois années de recherches sur les grands fonds marins, un exemple a particulièrement marqué les esprits : celui de petites crevettes contaminées par des microplastiques. Pour Tamatoa Bambridge, chercheur au CNRS ayant participé à l'étude, cet exemple montre que les profondeurs océaniques ne sont pas aussi isolées des activités humaines qu'on pourrait le croire. "On se focalise beaucoup sur la mine sous-marine qui est virtuelle, qui n'existe pas, et on ne parle pas assez des impacts de toutes les activités qui existent déjà, notamment des impacts sociaux, économiques", souligne le scientifique.
Car lorsqu'on évoque les grands fonds marins, les débats portent souvent sur une éventuelle exploitation des minerais présents sous l'eau. Mais pour le chercheur, il faut aussi regarder ce qui existe déjà. Des milliers de kilomètres de câbles traversent notamment les fonds océaniques pour assurer les communications entre les territoires. Que deviennent-ils lorsqu'ils arrivent en fin de vie ? Sont-ils retirés ou laissés sur place ? Autant de questions qui méritent, selon lui, davantage d'attention.
(…). Mais au-delà des recherches scientifiques, les grands fonds marins occupent aussi une place particulière dans la culture polynésienne. Edgard Tētahiotupa, anthropologue et engagé dans le monde associatif, a tenu à le rappeler lors de cette restitution. Dans les traditions polynésiennes, le monde visible et le monde invisible sont étroitement liés. "Le pō, en fait, c'est le monde des esprits et des ancêtres, c'est-à-dire de l'invisible", explique-t-il. Pour lui, les profondeurs de l'océan ne peuvent donc pas être considérées uniquement comme des espaces à explorer ou comme des réserves de ressources naturelles. Les récits transmis par les anciens, les légendes et les généalogies constituent également des savoirs à prendre en compte. Il cite notamment la place de certains animaux marins, comme la tortue ou le cachalot, dans les liens qui unissent les Polynésiens à leurs ancêtres. Une autre manière de comprendre l'océan, qui peut venir enrichir les connaissances scientifiques.
(…) Une chose est sûre : même à plusieurs milliers de mètres sous la surface, loin de nos regards, l'avenir de l'océan concerne aussi ceux qui vivent sur ses rivages.

Grands fonds marins : même à 6 000 mètres de profondeur, nos océans portent déjà les traces de l'homme (Polynésie 1ère)

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