Le dérèglement climatique représente un risque élevé pour les coraux, avertit l’UICN. L’association Proscience Tahiti poursuit son cycle de conférences sur le sujet: interview du docteur en climatologie et énergie Paul Mauger, post-doctorant de l’UPF et replay de sa conférence du 22 octobre qui revient notamment sur le dernier rapport de synthèse du GIEC; Dans un autre article, Valérie Verdier, PDG de l’IRD, revient sur le rôle de sentinelle des territoires ultramarins face aux bouleversements climatiques ; À découvrir, une étude anthropologique: comment est perçu le changement climatique en Polynésie française ?
# La quasi-totalité des récifs coralliens en eaux peu profondes à travers le monde est exposée à un "risque extrêmement élevé" de disparition d'ici 2075 en raison du changement climatique, a averti jeudi l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Dans le cadre de la première évaluation mondiale de ce type, l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), autorité internationale de référence sur la faune et la flore menacées, a classé 96 % des récifs coralliens, répartis dans plus de 80 pays et territoires, dans la catégorie "en danger critique d'extinction", soit le niveau de menace le plus élevé défini par l'organisation.
"La menace future du changement climatique est imminente et grave, et elle fait peser un risque très élevé sur la survie de ces écosystèmes", a déclaré Mishal Gudka, responsable scientifique de l'évaluation de la Liste rouge de l'UICN consacrée aux écosystèmes des récifs coralliens, lors de la présentation de ces découvertes à la COP17 biodiversité à Erevan.
Les coraux, riches écosystèmes qui abritent un quart de toutes les espèces marines, sont sensibles à la chaleur et particulièrement vulnérables au changement climatique, qui entraîne un réchauffement des océans et accroît la fréquence ainsi que l'intensité des épisodes de blanchissement, aux conséquences dévastatrices.
L'apparition cette année d'un "super" El Niño, phénomène naturel de réchauffement des océans, représente également un risque pour les coraux", a ajouté cet expert, pour qui ces menaces doivent "constituer un signal d'alarme" pour pousser les gouvernements à l'action "plutôt qu'une source de désespoir".
(…) L'analyse de l'UICN a porté sur 127 écosystèmes coralliens tropicaux et subtropicaux, couvrant une superficie de 188 362 kilomètres carrés.
Pour cette évaluation, les chercheurs se sont appuyés sur le scénario "intermédiaire" du groupe d'experts de l'ONU sur le climat, qui prévoit une hausse des températures mondiales de 2,7 °C par rapport aux niveaux préindustriels d'ici 2100.
(…) À la COP17, les nations discutent pour essayer de sauver un accord historique sur la nature, datant de 2022 et visant à protéger 30 % des terres et des mers mondiales d'ici 2030, mais dont les objectifs deviennent de plus en plus difficiles à atteindre, les gouvernements tardant à mettre en oeuvre leurs engagements.
Une étude publiée la semaine dernière dans la revue Nature a révélé qu'en 2020, près de la moitié des espèces de coraux présentaient un "risque relatif élevé d'extinction", le changement climatique étant le principal facteur de ce déclin.
Réchauffement climatique : 96 % des récifs coralliens menacés d'extinction d'ici 50 ans selon l'UICN (Polynésie 1ère)
> En savoir plus sur l’UICN : L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) est une union unique de membres composée d’organisations gouvernementales et de la société civile. Comptant avec l’expérience, les ressources et la portée de plus de 1 600 organisations Membres et les contributions de plus de 19 000 experts, l’UICN est l’autorité mondiale en ce qui concerne le statut du monde naturel et les mesures nécessaires pour le sauvegarder. > Unis pour la vie et les moyens d’existence (uicn.org/fr) + Actions du programme outre-mer en région Pacifique (uicn.fr/outre-mer)
# L’association Proscience poursuit son cycle de conférences sur le climat. Après les explications de Bastien Pagli sur El Niño, c’est le docteur en climatologie et énergie Paul Mauger qui fera le point, jeudi 22 octobre à 18 heures (à l’Association philanthropique chinoise, entrée libre et gratuite) sur l’état des connaissances scientifiques sur les changements climatiques. Interview avec ce post-doctorant de l’UPF, qui parle à la fois de l’histoire de la recherche climatique, des changements déjà observables et des modèles de projection concernant l’atmosphère, les océans, ou les événements extrêmes.
+ Lire dans l'article les réponses de Paul Mauger aux questions de Radio 1:
- Votre conférence va-t-elle reprendre les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour expliquer ce que dit la science ? (...)
- Depuis quand sait-on qu’un changement climatique est à l’œuvre ? (...)
- Ces résultats sont le fruit de beaucoup de recherches. Aujourd’hui, ce sont des modèles informatiques qui servent à faire des projections ? (...)
- Ces modèles sont-ils fiables ? (...)
- Et vous constatez que ce que le modèle prévoit correspond effectivement à ce qui s’est passé ? (...)
- Peut-on dire que les premières projections du GIEC se confirment ? (...)
- Y a-t-il des surprises ? (...)
- Le changement climatique suscite beaucoup d’interrogations, de fantasmes, d’incompréhensions. Comment expliquer que le GIEC, malgré toutes ces alertes, ait eu tant de mal à se faire entendre puisqu’il y a toujours des climatosceptiques ? (...)
- Finalement, c’est du travail de lobbying qui essaye de protéger des activités industrielles ? (...)
- Comment faire face à ces situations quand on est scientifique ? (...)
- En France, on a vu cet été cinq canicules d’affilée et de gros feux. Est-ce que ça ne crée pas quand même un sursaut ? (...)
- Par rapport aux projections du GIEC, que reste-t-il à savoir aujourd’hui ? (...)
- Justement, que sait-on des océans aujourd’hui ? (...)
- Cette année, on parle d’un super El Niño. Le changement climatique amplifie-t-il ce phénomène ? (...)
- Que peut-on dire une fois ce constat fait ? (...)
- Et nous, à notre échelle… (...)
- Et commencer à s’adapter ? (...)
Changement climatique : « On savait que ça allait se passer comme ça » (Radio 1)
On peut retrouver la conférence du jeudi 22 octobre, en replay sur la page FB de l'association Proscience Tahiti.
# À l’occasion de son déplacement en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, du 17 au 30 octobre, Valérie Verdier, PDG de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), revient pour notre partenaire Outremers 360° sur le rôle de sentinelle des territoires ultramarins face aux bouleversements climatiques. Recherche, coopération régionale, diplomatie scientifique : elle défend une science construite avec et pour les territoires et évoque le rapprochement envisagé avec le CNRS, dans lequel elle voit des perspectives de mutualisation qui participent du rayonnement de la présence scientifique française à l’international.
Montée du niveau de la mer, érosion du littoral, acidification des océans, blanchiment des coraux, évolution des cyclones et des précipitations : les territoires insulaires du Pacifique sont particulièrement exposés aux conséquences du changement climatique.
Pour Valérie Verdier, « la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie sont en première ligne des bouleversements climatiques ». Des « territoires sentinelles » comme elles se nomment, où les recherches sur la biodiversité, la santé et les ressources marines permettent d’observer des transformations qui concernent également d’autres régions du monde.
Mais au-delà de l’observation, l’enjeu est d’apporter des réponses concrètes aux populations. « En Polynésie française, l’IRD travaille notamment avec l’Institut Louis Malardé sur des problématiques de santé publique, parmi lesquelles les risques sanitaires liés aux toxines marines et les maladies à transmission vectorielle. »
La recherche concerne aussi l’agriculture, l’accès à l’eau, l’alimentation ou encore la préservation des récifs coralliens. Autant de domaines dans lesquels les scientifiques et leurs partenaires locaux s’attèlent à mieux comprendre les phénomènes et à accompagner l’adaptation des territoires.
Le programme CLIPSSA (Climat du Pacifique, Savoirs locaux et Stratégies d’adaptation) dans le Pacifique, associe données scientifiques et savoirs locaux afin de construire des stratégies d’adaptation au changement climatique dans le Pacifique Sud-Ouest. L’objectif est ainsi de disposer de projections suffisamment précises pour anticiper les transformations à venir.
(…) Depuis les implantations de l’IRD en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie des collaborations avec d’autres États insulaires du Pacifique, notamment le Vanuatu et les Fidji se développent.
(…) Mais cette présence scientifique doit surtout permettre aux sociétés de comprendre les transformations auxquelles elles sont confrontées, de les anticiper et de construire leurs propres réponses. « On ne peut pas construire des réponses à partir de l’Hexagone », affirme Valérie Verdier, pour qui, la recherche doit s’appuyer sur les compétences des laboratoires, où qu’ils soient implantés, dans l’Hexagone ou dans les Outre-mer, tout en tenant compte des réalités de chaque territoire. (…)
Climat : « On ne peut pas construire des réponses à partir de l’Hexagone » (Radio 1)
Pour info = Dans le cadre du Plan Climat de la Polynésie française (PCPF), la Direction de l’énergie a piloté une étude anthropologique confiée à Alexi Payssan, consultant anthropologue. Cette étude vise à mieux comprendre les perceptions du changement climatique, les représentations locales et les facteurs qui influencent les pratiques et les changements de comportement en Polynésie française. Menée auprès des populations de plusieurs îles et territoires, elle donne la parole aux habitants et met en lumière leurs perceptions, leurs préoccupations et leurs attentes face au changement climatique. Ces enseignements apportent un éclairage complémentaire pour accompagner la mise en œuvre du PCPF et adapter les actions aux réalités sociales et culturelles du territoire.
Comment est perçu le changement climatique en Polynésie française ? (Plan-climat.pf)

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