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La réglementation des 15 et 30 milles nautiques imposée dans certains archipels est jugée incohérente par les pêcheurs et armateurs professionnels de haute merLes nouvelles règles sur la protection de la ZEE ne sont « pas contradictoires » avec le développement de la filière pêche. Les deux ambitions sont même « complémentaires » pour le ministre de l’Environnement et des Ressources marines ; La biomasse de poissons pourrait être réduite d’un quart dans les eaux françaises d’ici à la fin du siècle sous l’effet du réchauffement climatique, souligne l’Ifremer dans un rapport publié cette semaine, qui appelle à revoir les objectifs de gestion des pêcheries ; Le rori - holothurie des lagons de Polynésie française - joue un rôle écologique essentiel. Cet artisan du lagon participe à la bonne santé des sables et, par ricochet, à la protection des coraux. Il suscite tout l'intérêt des scientifiques, qui cherchent à mieux comprendre son rôle dans l'équilibre alimentaire du lagon et soutenir des pratiques de gestion durable  ; À Rangiroa et Tikehau, les équipes de 'Gombessa Expéditions' et d’'Andromède océanologie' poursuivent leurs recherches pour mieux comprendre le comportement du grand requin-marteau et contribuer à la protection de son habitat ; Depuis octobre dernier, le projet de sciences participatives « Te mau ‘ite rau o te feiā rava’āi » permet de recenser des espèces de requins méconnues en Polynésie française.

 

 

# Près de 200 thoniers ont signé une pétition déposée ce mardi 3 mars, auprès du ministère de tutelle, de la Présidence et de l’Assemblée de Polynésie. En cause : la réglementation des 15 et 30 milles nautiques imposée dans certains archipels, jugée incohérente par la profession. 
La mobilisation s’organise dans la filière pêche. Ce matin, des représentants des armateurs et des pêcheurs professionnels de haute mer ont officiellement remis une pétition aux autorités du Pays. Le document rassemble les signatures des propriétaires de près de 200 thoniers, sur les 320 que compte la flotte polynésienne. Au cœur du mécontentement : la limitation à 15 milles nautiques imposée aux Australes et aux Marquises. Une mesure que les professionnels estiment contradictoire avec la réglementation appliquée ailleurs. (…). Les pêcheurs demandent que la limite des 15 milles nautiques soit appliquée partout.

Les pêcheurs hauturiers contestent la règle des milles nautiques (Polynésie 1ère)

Les armateurs, capitaines et pêcheurs de la flotte thonière contestent certaines zones de protection de la ZEE gravées dans le marbre l’année dernière par le Pays. Et notamment les 30 milles réservées à la pêche côtière autour des îles de la Société. Les professionnels n’en veulent pas plus de 15 et s’inquiètent plus globalement d’une « surenchère de zones protégées » dans des eaux pourtant loin d’être surpêchées et où les palangriers pratiquent une pêche « durable ». Le syndicat des pêcheurs professionnels de haute mer a déposé une pétition aux autorités avec au moins  « 200 signatures » pour les interpeller.
Une pétition avec « 200 signatures » de pêcheurs, capitaines et armateurs de thoniers, a été déposée au président du Pays, celui de l’assemblée et au ministre des Ressources marines Taivini Teai, pour réclamer un retour d’une protection des côtes à 15 milles nautiques sur les îles de la Société, comme l’ont annoncé nos confrères de Polynésie La 1ère. Depuis le classement de la ZEE polynésienne en espace naturel protégé et la création des zones de pêche réglementée entre août et septembre 2025, les thoniers ne peuvent plus pêcher dans les 30 milles nautiques entourant les îles de la Société. Un chiffre fixé à 15 milles aux Australes, aux Marquises et aux Gambier et 10 miles aux Tuamotu, pour un total de 200 000 kilomètres carrés de « protection côtière forte » près des îles. Approuvées en août 2025 à l’Assemblée, ces nouvelles règles, qui reprennent et clarifient en partie des limitations déjà existantes, ensuite adoptées par arrêtés par le gouvernement Brotherson, concrétisait les annonces faites lors de l’Unoc à Nice où le fenua est apparu comme un exemple en matière de protection des ressources marines.
Mais sur ce zonage, les discussions restent difficiles. (…) L’objectif du gouvernement Brotherson est de protéger la ressource mais aussi « de favoriser l’effort de pêche des pêcheurs poti marara et poti auhopu en limitant les conflits d’usage entre la pêche artisanale et la pêche à la long-line ». Un faux problème pour Richard Pere, président du syndicat des pêcheurs professionnels de haute mer, assure « qu’il n’y a pas de concurrence » entre les côtiers et les hauturiers (…) Les professionnels de la pêche en haute mer s’agacent aussi de voir autant d’énergie mis dans la protection de zones maritimes alors que « la filière pêche est délaissée ». (…)

Les pêcheurs hauturiers en campagne contre la « surenchère de zones protégées » (Radio 1)

Les nouvelles règles sur la protection de la ZEE ne sont « pas contradictoires » avec le développement de la filière pêche. Les deux ambitions sont même « complémentaires » pour le ministre de l’Environnement et des Ressources marines, interpellé, au travers d’une pétition, par le syndicat des pêcheurs professionnels de haute mer. S’il ne compte pas revenir sur la règle des 30 milles sans palangriers autour des îles de la Société, qui évite les « conflits d’usage » avec les pêcheurs côtiers, Taivini Teai dit avoir entendu les inquiétudes sur les grandes aires marines des Marquises et des Australes. Des « scénarios simplement à l’étude », rassure le ministre, qui veut avant tout concrétiser les aires marines internationales dans le cadre du traité BBNJ, et avancer dans la lutte et la récupération des DCP dérivants qui « arrosent » la ZEE.
"(…) …le combat que l’on doit mener, c’est vis-à-vis de la pêcherie extérieure qui nous affecte de milliers de dispositifs de concentration de poissons (DCP) dérivants, qui viennent s’échouer sur nos rives mais, surtout, qui contribuent à morceler les grands bancs de thons et de bonites que nous avions l’habitude d’observer auparavant. Ça a un impact négatif sur notre pêcherie locale. Donc, au niveau du gouvernement, on veut d’abord montrer notre exemplarité pour pouvoir ensuite mener ce combat auprès des instances internationales, vis-à-vis de ces pêcheries industrielles mais surtout vis-à-vis de ces DCP dérivants dont on souhaite pouvoir visualiser le positionnement". Lire l’interview du ministre

Taivini Teai : « On ne doit pas opposer nos pêcheurs côtiers et hauturiers » (Radio 1)

 

 

# La biomasse de poissons pourrait être réduite d’un quart dans les eaux françaises d’ici à la fin du siècle sous l’effet du réchauffement climatique, souligne l’Ifremer dans un rapport publié cette semaine, qui appelle à revoir les objectifs de gestion des pêcheries.
Ce rapport Ifremer, qui fait la synthèse des connaissances sur l’impact du changement climatique sur les ressources halieutiques, souligne que la baisse estimée de biomasse au niveau mondial à l’horizon 2100 est comprise entre 10% et 30%, selon les scénarios climatiques. En France, le changement climatique devrait provoquer des pertes moyennes de biomasse estimées entre 5 à 8% au milieu du siècle et jusqu’à -23 % à la fin du siècle pour un réchauffement à 4°C, selon l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).
Engendré par les émissions massives de gaz à effet de serre, le réchauffement climatique s’accompagne d’une acidification et d’une désoxygénation des océans, des phénomènes qui perturbent le fonctionnement des écosystèmes marins, en diminuant la production de plancton (à la base de la chaîne alimentaire) mais aussi en altérant la physiologie, la croissance et la reproduction des poissons et en provoquant des migrations de certaines espèces vers le Nord, à la recherche d’eaux plus froides. Face à ce constat, les chercheurs préconisent de revoir les objectifs de gestion des pêcheries, qui reposent actuellement sur le rendement maximum durable (RMD), un indicateur correspondant au niveau maximal de captures d’une population de poissons, sans compromettre sa capacité à se renouveler.
(…) Les chercheurs préconisent ainsi de considérer le RMD actuel comme une limite plutôt que comme une cible et de viser des niveaux d’exploitation « un peu plus faibles », c’est-à-dire de pêcher moins. « S’il n’y a pas de changement, on va aller vers une situation qui va continuer à se dégrader à cause des conditions environnementales qui changent », a estimé Clara Ulrich. (…)

Réchauffement : la biomasse de poissons amputée d’un quart d’ici 2100 selon l’Ifremer (Radio 1)

 

# Souvent méprisé des baigneurs et objet de jeux pour les enfants, le rori — holothurie des lagons de Polynésie française — joue un rôle écologique essentiel. Cet artisan du lagon participe à la bonne santé des sables et, par ricochet, à la protection des coraux.
Quand on nage dans le lagon de Moorea, Bora-Bora ou de n'importe quelle île polynésienne, difficile de se douter que ce corps mou, cylindrique et peu esthétique est l’un des principaux ingénieurs des fonds marins. Appelé rori en tahitien (famille des Holothuroidea), cet invertébré — parfois surnommé concombre de mer — a tout d'un héros sous-marin, et ses actions méritent respect et gratitude ! Les rori sont en effet des détritivores efficaces : ils avalent de grandes quantités de sédiment marin, y compris des microalgues et des bactéries présentes dans le sable. À travers leur digestion, ils séparent la fraction organique (nutriments) des particules inertes, puis rejettent un sédiment plus propre et enrichi en sels minéraux. Ces sels de phosphore et d’azote, une fois relâchés, deviennent de précieuses ressources pour d’autres organismes marins, notamment algues et coraux.
(…) Pour les touristes et les Polynésiens, le rori est souvent un simple détail : un corps visqueux sur le sable, un jouet pour enfants ou parfois une curiosité mal aimée. Pourtant, l’abondance de rori dans un lagon est souvent associée à une bonne santé écologique de ce lagon, car elle traduit l’existence d’un cycle de sédiments bien régulé. Sans cette activité constante de retraitement des sédiments, les déséquilibres — notamment microbiens — pourraient s’accumuler. C’est pourquoi le rori suscite tout l'intérêt des scientifiques, qui cherchent à mieux comprendre son rôle dans l'équilibre alimentaire du lagon et soutenir des pratiques de gestion durable. (…)

Pourquoi le rori est indispensable à l’équilibre des lagons en Polynésie (Polynésie 1ère)

 

# Trois ans après son lancement, le programme Tamataroa arrive à une étape clé à Rangiroa et Tikehau. Pendant trois mois, les équipes de Gombessa Expéditions et d’Andromède océanologie poursuivent leurs recherches pour mieux comprendre le comportement du grand requin-marteau et contribuer à la protection de son habitat.
Dans les eaux profondes de l’archipel des Tuamotu, autour de Rangiroa et Tikehau, évolue un habitant aussi discret que fascinant : le grand requin-marteau.
Depuis trois ans, les scientifiques de Gombessa Expéditions mènent une série d’expéditions pour percer les mystères de cette espèce. L’objectif est de mieux comprendre ses déplacements, ses zones de reproduction et son rôle dans l’écosystème récifal. Pour y parvenir, les équipes ont développé des protocoles d’observation spécifiques permettant d’étudier l’animal sans le capturer. Parmi les outils utilisés : un puhipuhi 3 en 1, une arbalète sous-marine capable à la fois d’identifier l’individu, d’en estimer la taille et de prélever un échantillon biologique. (…) Pour cette nouvelle mission, les chercheurs souhaitent franchir une étape supplémentaire : suivre et filmer un requin-marteau pendant toute une journée. L’objectif est d’obtenir des images inédites de son comportement, sans avoir recours à l’appât.
(…). Au-delà de ces expérimentations, le projet repose aussi sur un important travail d’analyse scientifique. Depuis décembre 2023, une thèse est consacrée à l’exploitation des nombreuses données collectées lors des expéditions. (…) Le programme Tamataroa s’appuie également sur une forte mobilisation locale. Plongeurs, pêcheurs et habitants participent au projet en partageant observations, photos et vidéos. Plus d’une centaine de contributeurs ont ainsi alimenté la base de données du programme. Ces informations sont précieuses pour le comité de gestion de l’atoll de Rangiroa, qui travaille à mieux encadrer les activités humaines dans certaines zones du lagon.
(…). Cette dernière phase du programme Tamataroa donnera lieu à plusieurs publications scientifiques, mais aussi à un film documentaire. Pour sensibiliser le grand public, une bande dessinée consacrée au grand requin-marteau, traduite en reo tahiti, devrait également voir le jour.

Tamataroa : à Rangiroa, le lagon confirmé comme zone essentielle du requin-marteau (TNTV)

 

 

 

# Depuis octobre dernier, le projet de sciences participatives « Te mau ‘ite rau o te feiā rava’āi » permet de recenser des espèces de requins méconnues en Polynésie française. En partageant leurs observations quotidiennes, les pêcheurs offrent aux chercheurs de l’Association pour la Recherche sur les Écosystèmes Mésophotiques et Profonds (AREMP) un accès inédit à la biodiversité des profondeurs.
Constamment en mer, les pêcheurs polynésiens sont des observateurs privilégiés de l’écosystème marin. Leur expérience est devenue une source d’information précieuse pour l’Association pour la Recherche sur les Écosystèmes Mésophotiques et Profonds (AREMP), qui a lancé un programme de sciences participatives afin de pallier le manque de données sur certaines espèces.
(…) Ces données citoyennes sont ensuite transformées en cartes de répartition et permettent d’identifier précisément les espèces. « On a pu représenter un peu des cartes avec les zones où certaines espèces ont été pêchées, et faire le point pour l’identification de certaines espèces sur lesquelles on pouvait avoir un doute », explique Clémentine Séguigne, présidente de l’association. En quelques mois, une cinquantaine d’observations ont déjà été collectées. Parmi elles figure le rarissime squale bouclé du Pacifique (Echinorhinus cookei), espèce peu documentée, observée pour la première fois en 2021 à plus de 400 mètres de profondeur… (…). Le projet souligne que la majorité de ces observations se font sans mortalité pour l’animal. Il s’agit souvent de phénomènes de déprédation (le requin vient manger une prise déjà au bout du fil) ou de captures accidentelles suivies d’une remise à l’eau. (…). Lors de ces rencontres, les pêcheurs notent des détails techniques cruciaux : position GPS, profondeur de la ligne, type d’appât utilisé ou type de pêche (pote, jig, traîne, etc.) (…). À terme, cette base de données pourrait permettre de mieux comprendre la répartition de ces prédateurs essentiels à l’équilibre des écosystèmes et profondément ancrés dans la culture locale.

AREMP : quand pêcheurs et scientifiques s’unissent pour percer les mystères des requins (TNTV)

 

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