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Guérison des coraux blanchis, ombrage naturel, restauration écologique et vulgarisation sur les réseaux sociaux : plusieurs initiatives explorent de nouvelles façons de préserver les récifs et de rapprocher la science du public. Entre études scientifiques, immersion sur le terrain et vulgarisation par BD et vidéo...

 

 



# Un corail blanchi peut guérir au contact d’un corail sain, et des sons de récifs en bonne santé attirent les larves de coraux et de poissons : ce sont les résultats encourageants de deux études californiennes, publiées ces dernières semaines. Des pistes qu’il reste maintenant à explorer, quand on sait que 96 % des récifs de la planète sont en danger critique selon l’UICN. Au fenua et au niveau national, l’Ifrecor présentera le 10 novembre son bilan sur l’état de santé des récifs.
Un simple contact avec un corail sain, et un corail blanchi retrouve ses couleurs en sept semaines. Des haut-parleurs sous l’eau diffusant les crépitements et les « ronronnements » d’un récif en bonne santé, et les larves de coraux et de poissons viennent s’installer tout autour en plus grand nombre. Ce sont les résultats présentés par deux études californiennes, publiées ces dernières semaines, qui viennent ouvrir de nouvelles pistes pour restaurer des récifs en grand danger à cause du réchauffement climatique.
Car selon une évaluation mondiale de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), publiée jeudi dernier, 96 % des récifs coralliens de la planète sont en danger critique, avec un risque extrêmement élevé de disparition d’ici 2075 à cause du changement climatique. Mais l’organisation insiste : il n’est pas trop tard pour leur donner une chance de se rétablir.
Lors des canicules marines, les coraux expulsent les algues microscopiques avec lesquelles ils vivent en symbiose et qui leur fournissent l’essentiel de leur nourriture. Ils blanchissent, s’affaiblissent, mais ne meurent pas tout de suite. C’est sur ce point que porte la première étude, menée par l’Université Stanford en Californie et publiée dans Science Advances. (…)
La seconde étude, de l’institut océanographique Scripps en Californie et publiée dans Communications Biology, s’intéresse à la naissance de nouveaux récifs. Dans une baie de Hawaii, les chercheurs ont posé des structures artificielles pour accueillir des larves de corail et ont diffusé sous l’eau des enregistrements de récifs en bonne santé, comme des crépitements de crevettes et des « ronronnements » de poissons demoiselles. Résultat : les larves de corail se fixent davantage près des haut-parleurs, et les larves de poissons sont elles aussi plus nombreuses, de 4 à 14 fois selon l’institut Scripps. Les larves semblent prendre ce bruit pour le signe d’un endroit accueillant, même si on ignore comment elles perçoivent les sons. (…)
Mardi 10 novembre, l’antenne locale de l’Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) organisera son village To’a à l’hôtel InterContinental Tahiti, en partenariat avec l’association Te Mana o te moana. L’occasion de découvrir les candidats et lauréats des Trophées To’a Reef 2026, ainsi que les acteurs engagés pour la protection des récifs. Cette journée, baptisée « To’a Reef – Te Mana o te Moana Nui a Hiva »  sera aussi l’occasion de présenter le volet polynésien du bilan 2026 sur l’état de santé des récifs de l’Ifrecor, cinq ans après celui de 2020.

Deux études californiennes ouvrent de nouvelles pistes pour sauver les coraux (Radio1)




# Post-doctorante à Moorea, Claire Boitel porte le projet To’a Shade : des parasols en matière naturelle destinés à faire de l’ombre aux coraux. Avant de les déployer sur les pépinières du Criobe lors du super El Nińo de février 2027, la chercheuse teste trois matériaux locaux, fibre de coco, kere et pandanus tressé, pour retenir le plus adapté. Son objectif : fournir « un outil d’urgence simple et abordable, reproductible dans les archipels et rapidement déployable ». Le programme fait partie des candidats aux trophées To’a Reef 2026.
Protéger les coraux avec nos déchets verts : c’est l’objectif du projet To’a Shade, démarré il y a quelques mois par la post-doctorante du Criobe, Claire Boitel. Durant ses trois dernières années de thèse à Moorea, la chercheuse a démontré qu’offrir de l’ombre artificielle aux coraux permet d’augmenter leur résilience et d’éviter leur blanchissement. Car lorsque le récif est soumis à une chaleur inhabituelle, une « canicule marine« , ne serait-ce que de quelques degrés au-dessus des moyennes saisonnières pendant une période prolongée, le seuil de tolérance à la lumière des espèces sensibles de corail diminue. « Très peu de lumière peut les stresser encore plus », précise Claire Boitel. Les coraux expulsent alors leurs micro-algues symbiotiques, les zooxanthelles, ce qui les fait blanchir et peut entraîner leur mort. Mais quand le corail blanchit, tout n’est pas perdu : si les conditions redeviennent normales assez vite, il peut réabsorber ses algues et retrouver sa couleur. Pendant sa thèse, Claire Boitel a démontré qu’une ombre artificielle augmente la résilience du corail et peut ainsi diviser sa mortalité par deux à quatre, selon les espèces. (…)
Depuis la fin de sa thèse en juin, la chercheuse expérimente trois matières locales : la fibre de coco, le kere et le pandanus tressé. Elle place ces prototypes à échelle réduite en immersion pour mesurer « leur capacité d’atténuation de la lumière et leur durabilité sous l’eau« . Le meilleur matériau servira à installer 5 m² d’ombrage sur les pépinières du Criobe dès février 2027, le mois le plus chaud de l’année qui sera marqué par un super El Niño.
(…) Sur les plus de 200 espèces de corail que compte la Polynésie, Claire Boitel a pu tester lors de sa thèse 13 à 15 espèces, dont la moitié sont sensibles, et un quart très sensibles. Autrement dit, en plus de blanchir, « trois quarts des fragments sont morts lorsqu’ils n’étaient pas protégés » .
(…) La chercheuse du Criobe veut maintenant « passer à l’application concrète » et « ne pas laisser juste des papiers derrière » elle. To’a Shade doit aboutir à un livret d’instructions expliquant comment participer à la protection des récifs avec des matériaux « qu’on trouve assez facilement, localement, et pour rien du tout » . Dès qu’une canicule marine sera annoncée, il suffira de poser le dispositif au-dessus des espèces sensibles pendant les deux à trois mois de l’épisode.
(…) Le projet To’a Shade fait partie des 32 candidats aux trophées To’a Reef 2026. Une récompense serait pour Claire Boitel « la reconnaissance d’un travail et d’années de recherches au Criobe », avant de poursuivre sa carrière vers d’autres horizons.

To’a Shade, des parasols en matériaux locaux pour protéger les coraux du blanchissement (Radio 1)


 

 

# Des salles de cours aux écosystèmes de Tetiaroa. Des étudiants en troisième année de licence Sciences de la transition écologique et sociétale de l’Université de la Polynésie française (UPF) ont découvert les programmes de recherche et de restauration écologique menés par la Tetiaroa Society. Une immersion sur le terrain pour mieux comprendre les enjeux environnementaux du fenua.
Connu pour son tourisme de luxe durable, l’atoll de Tetiaroa est aussi un véritable laboratoire à ciel ouvert. Depuis 2010, la Tetiaroa Society y accueille des scientifiques du monde entier pour mener des travaux consacrés à la préservation des écosystèmes. Cette fois, ce sont des étudiants de l’Université de la Polynésie française qui ont eu l’occasion de découvrir les différents programmes de recherche et de restauration écologique de l’association.
L’objectif : confronter leurs connaissances théoriques aux réalités du terrain. Invasions biologiques, dérèglement climatique, préservation de la biodiversité… Autant de problématiques auxquelles ces futurs acteurs de la transition écologique seront amenés à répondre.
(…) « La licence Sciences de la transition écologique et sociétale, elle cherche à former des jeunes en capacité de comprendre les enjeux propres au fenua et d’être en capacité d’action pour répondre à ces enjeux liés aux questions de transition écologique et sociale », explique Tom Renault, enseignant en gestion de projets et transition écologique à l’UPF. Pour les étudiants, cette immersion permet de mieux appréhender les défis environnementaux auxquels sont confrontés les écosystèmes insulaires.
Encadrés par les référents scientifiques et culturels de la Tetiaroa Society, les étudiants ont notamment découvert les méthodes de restauration écologique mises en œuvre sur l’atoll.
(…) Les connaissances acquises à Tetiaroa ont vocation à être partagées avec la communauté scientifique internationale, afin que les méthodes développées sur l’atoll puissent être reproduites sur d’autres territoires.
(…) Grâce à cette collaboration entre l’UPF et la Tetiaroa Society, les étudiants repartent avec une meilleure compréhension des enjeux environnementaux du fenua, mais aussi des solutions concrètes mises en œuvre pour y répondre. Une expérience précieuse pour ces futurs professionnels de la transition écologique.

Tetiaroa, un laboratoire à ciel ouvert pour les étudiants de l’UPF (TNTV)




# Entre BD et vidéos TikTok, la fondation Science4Reef et la biologiste Jessica Tran racontent la biologie marine sans jargon. Leur pari : aller là où est le public pour faire le pont entre science et société.
Un polype corallien en BD, une biologiste sur TikTok : en Polynésie, deux démarches prouvent que la biologie marine peut se raconter simplement. Avec une condition sine qua non : laisser de côté les mots savants et toucher directement le public… sur les réseaux sociaux.
Pour Science4Reef, fondation active pour la protection du corail en Polynésie, tout part d’un problème : “La biologie marine est invisible”. Les gens “voient juste le corail sans savoir ce qu’il se passe” et pensent souvent que s’il est blanc, il est mort, mais “un corail blanchi reste vivant”, informent les scientifiques. C’est pour y répondre qu’est né Monsieur Pol’ype, une bande dessinée imaginée et dessinée par Alexia Arents, stagiaire en communication. (…)
D’où cette BD publiée sur Instagram un lundi sur deux sous forme de slides (planches), pour parler “d’une manière plus fun, plus drôle” de réchauffement, d’acidification, de microbiome ou de reproduction du corail. (…)
De l’autre côté, Jessica Tran, la “biologiste qui zozote” sur internet, fait de la vulgarisation en solo, face caméra. Cheffe de projet en environnement marin dans un bureau d’études, elle jongle entre études d’impact, suivis de chantier et diagnostics environnementaux. Un métier “technique, réglementaire” auquel il manquait “cette petite part de créativité”, admet-elle. C’est là qu’elle a décidé, début 2025, de se lancer sur les réseaux sociaux pour faire découvrir aux internautes les trésors sous-marins du Fenua et la culture polynésienne. (…)

Pour les suivre : “La biologiste qui zozote” (Jessica Tran) : @jss_tran sur Instagram et @labiologistequizozote sur TikTok et YouTube / La BD de Monsieur Pol’ype : Instagram @science4reefs (la fondation) et @oceantalesbyalexia (le compte de la dessinatrice, Alexia Arents)  (…)

Des coraux aux réseaux sociaux, la science change de langage (Tahiti Infos)

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